La SPA des Cantons-de-l’Est frappe à Roxton Pond

Stéphanie
Stéphanie Mac Farlane
Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

«Hey, tu ne me voleras pas mes chiens!», «Heille, celui-là c’est 1000$!». Le 28 juin dernier, la Société protectrice des animaux (SPA) des Cantons-de-l’Est a saisi 27 chiens dans un chenil illégal à Roxton Pond sous les yeux, les cris et les protestations du propriétaire. GranbyExpress.com a participé incognito à cette opération. Incursion dans un monde où l’on en voit de toutes les couleurs.

Lampe de poche, détecteur de température et d’humidité, appareil photo, calepins, crayons et de nombreuses cages de transport pour animaux. Tôt le matin, le contrôleur animalier de la SPA des Cantons, Carl Girard, prépare son équipement en vue de la perquisition du jour.

9 heures. Départ des locaux de Cowansville en direction de l’hôtel de ville de Roxton Pond, le point de rendez-vous où les gens de la SPA, les employés municipaux, les policiers de la Sûreté du Québec et Louise Meunier, la responsable de la Fondation Caramel se rejoignent. Après un court briefing, c’est un départ. Une seule voiture, à l’effigie de la SPA, accompagnée de deux autopatrouilles de la SQ, se rend à une résidence de la route 139, située à l’entrée de Roxton Pond. Le camion, où sont entassées toutes les cages, se rendra sur les lieux plus tard.

Ce cortège attire rapidement l’attention de la résidente des lieux qui sort à l’extérieur. «Nous venons vérifier si le règlement municipal concernant les animaux est respecté. Les policiers avec nous sont ici pour s’assurer que tout se passe bien», lui dit Carl Girard. «Quel règlement?», répond la dame d’une soixantaine d’années. «Celui qui permet d’avoir deux chiens», ajoute, du tac au tac, M. Girard. À ces mots, la femme semble blêmir et dit qu’elle préfère attendre le retour de son mari, injoignable pour le moment. Il doit cependant revenir bientôt. Malgré tout, Carl Girard donne le signal.

Couvre-bottes, gants de latex, combinaison et masque sont distribués aux cinq personnes assignées à la perquisition. Et l’inspection commence.

Les roulottes de l’amour

Plusieurs bâtiments sont disposés ici et là sur le terrain. Près d’une roulotte, les jappements de plusieurs chiens se font entendre. Visiblement mal à l’aise, la dame déverrouille la porte derrière laquelle une dizaine de chihuahuas et de pinschers (des dobermans miniatures) se dressent derrière une porte grillagée. «Habituellement, c’est propre», dit-elle d’une voix chevrotante.

De nombreux excréments parsèment le sol en céramique, des couvertures pleines d’urine, des galons de désinfectant et une chaudière de plâtre situés à moins d’un pied d’hauteur des chiens sont loin d’être des conditions idéales d’élevage. Aussitôt que l’équipe quitte le bâtiment sur roues, la dame barre la porte.

Une odeur d’excréments, mêlés à de l’humidité, accueille l’équipe à leur entrée dans la seconde roulotte. Le plancher de bois, pourri par endroits, un trou dans les murs où des fils électriques sont accessibles pour les bêtes et de nombreuses selles au sol résument le spectacle. Électrocution et possibilités d’incendie guettent les bêtes gardées à cet endroit.

Au fond de la roulotte, une chienne a une énorme masse à l’abdomen, si grosse qu’elle doit sautiller pour marcher. «J’ai mal pour elle», s’exclame Louise Meunier en la voyant. Les trop nombreuses portées qu’elle a eues pourraient être à l’origine de cette masse.

Dans chacune des roulottes, les propriétaires ont placé sept femelles et un mâle. De véritables «roulottes de l’amour» pour ces chiens de reproduction.

Des excréments jonchent aussi, ici et là, les planchers de la maison où six chiens (trois mâles, trois femelles) se trouvent, sans parler d’une boîte de carton contenant cinq chiots âgés d’une semaine. La cave de service et le grenier sont aussi fouillés. Au total, le couple détient 27 chiens dans des conditions médiocres. Le règlement municipal de Roxton Pond, révisé il y a quelques mois, permet aux résidents d’avoir deux chiens. Aucun permis d’élevage n’est détenu par le couple qui réside dans une zone dite urbaine.

«Vous me volez en plein jour»

10h20. La saisie des chiens débute et quelques minutes plus tard, le propriétaire des lieux débarque, visiblement de très mauvaise humeur. «Vous me volez icitte en plein jour, devant ma face», lance-t-il à l’équipe de la SPA, devant les deux policiers de la SQ, impassibles.

Des cages sont apportées près de la résidence où un a un, les chiens sont évacués. Lorsque la journaliste du <GranbyExpress.com est sortie avec la boîte contenant les petits chiots, le sexagénaire a vivement réagi. «T’amènera pas mes bébés. Tu partiras pas avec mes ptits chiots. Ça vaut 3000 piastres ça», crie-t-il, tandis qu’elle transfère, une à une, les petites bêtes dans une grande cage, en compagnie de leur mère.

10h45. L’homme refuse de déverrouiller la première roulotte. «C’est parfait. Je vais appeler un serrurier et vous envoyer la facture», lance Carl Girard. C’est plutôt Louise Meunier qui, en passant par la fenêtre, ouvrira la roulotte.

Si certains chiens sont faciles à attraper, d’autres donnent du fil à retordre aux employés. Certains, agressifs, tentent même de mordre les inspecteurs, signe qu’ils ne sont pas habitués au contact humain.

Les cages sont ensuite placées dans une remorque en vue du transport vers la SPA. «Heille, celui-là c’est 1000$!», lance le propriétaire des chiens alors qu’un chihuahua est placé dans le camion.

Un de moins

Sur le chemin du retour, Carl Girard peinait à cacher sa joie, lui qui travaillait ce dossier depuis le mois de février dernier grâce à des dénonciations. «Je ne vis que pour ça [éradiquer les usines à chiots]. Foncièrement, c’est pour ça que j’ai ouvert une SPA, confie-t-il. Ça en fait un de moins.»

De retour aux locaux de la rue Rivière à Cowansville, huit personnes, dont une vétérinaire, accueillent les bêtes. Un à un, les chiens sont examinés par le médecin animalier. Pattes, oreilles, pelage, dents, cœur, griffes, abdomen, dos sont vérifiés. La température de la bête est aussi prise. Si certains chiens sont «relativement» en bonne santé, plusieurs font pitié. Dents cassées, absentes ou pourries, grande quantité de tartre, griffes longues, luxation des rotules, paupières enflées, plaies, poils ternes, mamelles enflées sont quelques-unes des observations. 

Les chiens sont ensuite transportés dans une cage où couverture, coussin, eau fraîche et nourriture les attendent. Dans les prochains jours, les chiens seront vaccinés et stérilisés. «La majorité se fera arracher les dents, mais le vétérinaire va essayer de faire des détartrages à certains», dit Carl Girard. Les bêtes seront ensuite mises en adoption.

Les saisies en chiffre

28 juin 2012            27 chiens         Roxton Pond

8 mars 2012             50 chiens         Roxton Falls

29 février 2012         16 chiens         Granby

 

 

 

 

Photo:Perqui chiens Roxton Pond_YM36.JPG

@BV:Rescapée, cette chienne de race chihuahua a donné naissance à cinq chiots le 21 juin dernier.

<@CP>(Photo :Yanick Melchior)<@$p>

 

Photo:Perqui chiens roxton pond SM32.JPG

@BV:Ce jeune chien a eu droit à un examen complet par une vétérinaire à son arrivée au local de la SPA.

<@CP>(Photo :Stéphanie Mac Farlane)<@$p>

 

Photo:Chienne 001.JPG

@BV:Une chienne a une énorme masse à l’abdomen, si grosse qu’elle doit sautiller pour marcher. Un trop grand nombre de portées pourrait expliquer cette anomalie physique.

<@CP>(Photo :SPA Cantons-de-l’Est)<@$p>

 

Organisations: Sûreté du Québec, Fondation Caramel

Lieux géographiques: Roxton Pond, Cowansville, SPA Cantons-de-l’Est

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires

Derniers commentaires

  • Catherine Bégin
    06 juillet 2012 - 09:05

    La gang est en effet arrivée "sans mandat". Il ne s'agit pas d'un cas de cruauté à ce que je lis mais d'une infraction à un règlement municipal. Or, la municipalité était au courant depuis 2 ans qu'il y avait des chiens là et n'a jamais envoyé aucun avis aux propriétaire. Quand on sait que les grosses usines sont avisées, guidées par Anima-Québec et jamais saisies, il faut se poser des questions sur la légalité de ce que Girard fait. On sauve peut-être des chiens mais au lieu d'aider on brise la vie de certaines personnes en agissant en cow-boy et en ne respectant pas les droits. Seuls les bandits ont des droits. Non je ne connais pas ces gens je suis simplement informée et oui je suis d'accord que ce genre d'élevage n'est pas éthique et aurait dû être fermé mais était-ce bien nécessaire d'aller faire un gros show chez le vieux couple ?

    • NOUGA
      26 juillet 2012 - 09:21

      Tu es sérieux là? ce n'est pas un cas de cruauté tu dis!!!! Mais d'où viens tu? Tu crois qu'avoir une roulotte où sont enfermés 1 mâle et 7 femelles dans leurs excréments n'est pas un cas de cruauté.... Une place où le bois est pourri et que dans laquelle les fils électriques sortent des murs! Tu crois que ces usine à chiots sont acceptables? Le gars a dit: «ça vaut 3000 piastres !!!». Il ne pense même pas à leur bien-être. Il ne pense qu'à l'argent! Il n'avait qu'à aller chercher un permis pour élevage s'il désirait tant que ça faire du cash et mettre ses chiens à des endroit beaucoup plus décents! As-tu lu le même texte que moi ?

  • Anne Charbonneau
    05 juillet 2012 - 23:00

    Bravo à Carl Girard pour la mission qu'il s'est donné et pour cette saisie. Pauvre chien(ne)s, j'espère qu'ils auront droit à une meilleure vie.

  • Carole-Anne Girouard
    05 juillet 2012 - 20:30

    Bravo!!! Je rêve du jour ou on ne vas plus avoir d'usine a chiots, ou la SPCA et les Berger Blanc ne seraient pas obligés d'euthanasier autant d'animaux en santé ici au Québec!!!

  • Marie
    05 juillet 2012 - 17:04

    J'espère que ces mécréants seront non seulement sévèrement punis par la loi (trop faible en ce qui concerne le bien-être animal) mais que plus jamais ils n'auront le privilège de partager leur vie avec un animal! Ces maudites usines coûtent cher à toute la société, sur plein de niveaux. J'ai des rescapés d'usines comme celle-là chez moi et ces pauvres bêtes sont malades dans leur corps et dans leur tête.

  • marie labrecque
    05 juillet 2012 - 15:58

    Félicitations à toute votre équipe et j'espère qu'ils ne pourront plus jamais avoir de chiens. Je suis écoeurée de ces gens sans scrupules et en plus ils font de l'argent sur le dos des animaux.

  • Lise Labrecque
    05 juillet 2012 - 14:36

    BRAVO ! Continuez à faire des saisies, ne lâchez pas ces pauvres animaux,il faut éliminer toutes les usines à chiots au Québec. Assez c'est assez...merci pour eux!

  • Mimi
    05 juillet 2012 - 14:10

    Bravo Carl, Tu sais qu'une SPA est un organisme qui doit protéger les animaux. Rare sont ceux à la tête de tel organisme ont compris le principe. Une telle succursale dans ma région serait la bienvenue.

  • josée bibeau
    05 juillet 2012 - 12:17

    Bravo à vous pour votre excellent travail. Continuer de le faire avec autant de conviction et d'ardeur. Chaque animal mérite une vie remplie d'amour. J'ai 2 chiens dont un que j'ai trouvé j'en ai déjà eu 4, un bébé de mon ancien petit pékinois et un grand danois qui venait de la spa de Sherbrooke. Je continuerai toute ma vie à en avoir et jamais au grand jamais ils ne viendront d'une usine à chiots. Un éleveur consciencieux est quelqu’un qui voue amour et respect à ses animaux et surtout qui se consacre à une race et qui le fait bien. Les chiennes ne sont pas des mères porteuses. Elles sont des êtres vivants ayant besoin d'amour et de soins. C'est bien dommage que l'argent prenne le dessus.

  • Caroline
    05 juillet 2012 - 08:39

    Bravo pour cette saisie; ce sont 27 chiens de sauvés. Malheureusement, la législation au Québec n'est pas adéquate. Ce couple va sûrement s'en sortir avec une petit tappe sur la main et vont recommencer leur usinè à chiots...

  • pierre delisle
    05 juillet 2012 - 00:22

    Un gros bravo à Carl Girardet Louise Meunier pour votre travail et votre patience s'il y avait moins de personne pour acheter des animaux de ses personnes là, il y aurait moins de chenils comme celui-là. Je voudrais vous remercier pour votre grand cœur, cela mérite d'être souligner. Merci de la part des animaux

  • Lyne Longpré
    04 juillet 2012 - 22:18

    Félicitation et merci de sauvé c'est pauvre bêtes, les propriétaires fessaient vraiment ce commerce pour le $$ et non pour le bien être des animaux. Ne lâcher pas, bonne soirée.

  • carole boissonneault
    04 juillet 2012 - 14:11

    Ils n'auraient pas dû arriver sur un terrain privé sans mandat.

    • Chris
      08 juillet 2012 - 13:42

      Félicitations et svp - continuez. Ces actes de cruauté sont interdit dans le Code civil - c'est un acte criminel, pas seulement inacceptable. Comment madame Boissonneault peut savoir qu'il n'y avait pas de mandat - j'ai des amies qui ont assisté à d'autres perquisitions et il y avait toujours un mandat. Les personnes agées qui ne mettent pas assez d'argent de côté pour la retraite et décide de faire de l'argent sur le dos des animaux doivent souffrir comme tous les autres qui le font.

    • alex cournoyer
      27 juillet 2013 - 20:12

      S'ils ont vu que les chiens étaient en piteux état, ils ont le droit d'invoquer une situation d'urgence ce qui permet de perquisitionner sans mandat!