Travailleurs étrangers: on craint une pénurie

Josiane Noiseux josiane.noiseux@tc.tc
Publié le 23 janvier 2013
Propriétée de Réal Caron, La Maison de la pomme, de Frelighsburg, embauche plus d’une centaine de travailleurs étrangers durant la saison des récoltes et une vingtaine lors de la saison hivernale.
Josiane Noiseux

La réforme Harper sur l’assurance-emploi fait proliférer les craintes chez les producteurs agricoles de Brome-Missisquoi. Ces derniers appréhendent maintenant le pire lors de futures embauches de travailleurs étrangers avec l’entrée en vigueur de ces changements en employabilité.

Est-ce que la nouvelle loi entraînera la suppression de certaines requêtes de travailleurs saisonniers pour contrer le chômage au Québec? Qu’adviendra-t-il de la rentabilité des entreprises si la présence de main-d'œuvre diminue? Bien des questions, mais peu de réponses pour les exploitants agricoles qui font appel aux travailleurs étrangers.

«Je suis préoccupé par la disponibilité de la main-d'œuvre. Mon entreprise compte environ 50% de travailleurs locaux et l’autre moitié provient de l’étranger. Nous engageons plusieurs travailleurs mexicains, car ils sont prêts à travailler intensément durant la période qui couvre les mois de mai à décembre. Ces gens sont formés selon nos besoins. C’est un bon complément pour le développement de l’entreprise», explique Jean-Marie Rainville, agriculteur et propriétaire du Terroir à Dunham.

Comme la main-d’œuvre agricole se fait de plus en plus en rare, les agriculteurs de la région devront entamer leur processus de recrutement à l’étranger plus rapidement cette année.  

«Ce  qui m’inquiète le plus, ce sont les coupures à l’ambassade. Les travailleurs étrangers éprouvent de la difficulté à obtenir la délivrance de permis d’autorisation», constate M. Rainville.  

Réal Caron, propriétaire de La Maison de la pomme, à Frelighsburg, a remarqué le même problème depuis quelque temps. «Je suis l’un des employeurs qui engagent le plus de main d’œuvre à l’étranger dans la région. J’embauche des travailleurs résidant aux Antilles, au Mexique et au Guatemala. Durant la saison régulière, environ 25 personnes travaillent ici, 40 durant l’été et plus de 100 durant la période de cueillette. Il y a trois ans, on devait prévoir un délai de quatre semaines avant d’obtenir une autorisation d’embauche. Maintenant, on doit compter entre 10 et 12 semaines», explique M. Caron.

Le pomiculteur admet que le problème ne se résulte pas dans l’octroi des permis de travail, mais plutôt dans celui des visas. «Les visas semblent compliqués à obtenir. Ils font des tests médicaux, des enquêtes judiciaires, etc. Ce sont des mesures préventives. Par contre, ce qui est totalement nouveau, c’est que le gouvernement impose maintenant une limite de contrats d’une période de quatre ans, et ce, pour tous les contrats qui ont été accordés depuis 2011», indique-t-il.   

Des soucis bien fondés

Cette situation alarmante, constatée par les producteurs agricoles, est bien réelle. Le personnel de la Fondation des Entreprises en Recrutement de Main-d’œuvre agricole Étrangère (FERME) doit à présent jongler avec cette nouvelle réalité.

«Le gouvernement a resserré ses contrôles d’autorisation. Donc, effectivement, les producteurs agricoles éprouvent plus de difficultés à obtenir de la main d’œuvres étrangère comme auparavant. La loi a été revue pour s’assurer que ces travailleurs ne sont au Québec que pour une période temporaire et aussi pour garantir une sécurité», explique Denis Hamel, directeur général de la FERME.

Le porte-parole de la FERME indique que le gouvernement vérifie les dossiers judiciaires de chaque requérant avant d’autoriser les demandes. Cependant, aucun problème juridique ou incident n’est survenu auprès des travailleurs accompagnés par la FERME.

«Ils (gouvernement) prennent des précautions, mais ce genre de chose ne s’est jamais produit. À partir de maintenant, il sera presque impossible pour deux membres d’une même famille de venir travailler ici. Le gouvernement veut éviter que les étrangers demandent un statut de réfugié», confie-t-il.  

«Plusieurs ministères sont impliqués dans le processus d’autorisation. Depuis 2013, on doit attendre une autorisation du gouvernement avant d’entamer les démarches de recrutements même si les travailleurs ont déjà travaillé au Québec dans le passé. Ces mesures administratives créent des délais», justifie M. Hamel. 

Le directeur général affirme qu’une éventuelle situation de crise est prévisible. «À priori, il n’y a pas de liens entre la réforme C-38 et la difficulté accrue d’embaucher des travailleurs étrangers. On  craint tout de même une pénurie, spécifiquement pour les régions du Québec et les Maritimes. Plusieurs employeurs vont perdre leurs mains-d'œuvre locales et auront de la difficulté à trouver des travailleurs à l’étranger», déplore-t-il.