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Présence d'écrevisses à taches rouges dans le lac Brome: une mesure de contrôle encourageante

En collaboration avec Renaissance lac Brome


Publié le 13 août 2017

Le plan visant à contrôler la prolifération de l'écrevisse à taches rouges dans le lac Brome est déployé. Une première récolte a permis de sortir de l'eau 800 spécimens.

©gracieuseté Jean-François Desroches et Isabelle Picard

ENVIRONNEMENT. La première phase d'une mesure de contrôle de l'écrevisse à taches rouges dans le lac Brome, une espèce envahissante, a jusqu'ici livré des résultats encourageants. Elle a entre autres permis d'observer une population de plusieurs centaines de spécimens.   

Le crustacé prospère en eau peu profonde, à environ 1,5 m de la rive, principalement en sol graveleux.

Aperçue une première fois dès 2011 dans les fonds du cours d'eau, l'écrevisse à taches rouges fait parler d'elle depuis quatre ans. «Nous avons eu la confirmation en 2013 qu'il y en avait un bon nombre, ce qui nous a menés à chercher une façon de les contrôler», indique Pierre Beaudoin, de Renaissance lac Brome.

Le projet depuis mis en place s'articule autour de deux volets. En plus du contrôle, on cherche une façon de valoriser les récoltes d'écrevisses, laisse entendre M. Beaudoin.

À la fin juin, dans des conditions météo défavorables, une équipe de chercheurs s'est affairée à déposer 50 trappes sur une centaine de sites. Cette mesure a permis d'amasser 800 écrevisses. «C'est un moyen scientifique de mesurer la densité et leurs caractéristiques. Les résultats sont encourageants. Ils ont été pesés, mesurés, on a identifié leur sexe. Les sites où ils se tenaient ont été recensés», affirme M. Beaudoin.

«L'an prochain, on envisage une récolte de plus grande ampleur. C'est une espèce envahissante qui n'a pas d'affaire dans notre lac, poursuit M. Beaudoin. Elle élimine des ménés et d'autres espèces d'écrevisses indigènes.» 

En venir à bout? 
Malgré les nombreux efforts déployés, il est peu probable que l'espèce soit enrayée complètement. Les petites victoires se remporteront localement.

L'écrevisse à taches rouges semble par contre déjà avoir gagné d'autres affluents, selon M. Beaudoin. «Nous en avons trouvé en amont du ruisseau Quilliams et dans des fosses. On pense qu'elle pourrait se répandre partout dans le bassin versant, incluant dans la rivière Yamaska.»
Des propos que corrobore l'une des biologistes qui travaillent sur le dossier, Isabelle Picard. «La vérité, c'est que ce ne sera probablement pas possible de s'en débarrasser. L'intérêt, c'est de contrôler les densités localement.»

Toujours selon Mme Picard, l'écrevisse à taches occupe désormais pratiquement tout l'espace quant aux espèces dominantes dans les profondeurs du cours d'eau. «Nos relevés nous indiquent qu'elle a pris toute la place. Elle a tendance à déraciner les herbiers, déjà peu nombreux dans le lac Brome, et où les jeunes poissons, comme la perchaude, vont frayer. Elle se nourrit d'œufs de poissons aussi. Partout où elle passe, elle pose problème.»

Entre 80 et 600 oeufs 
Selon le site du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, la femelle écrevisse peut pondre entre 80 et 600 œufs pendant chacun des deux cycles de reproduction annuels, au printemps et à l'automne. «C'est une espèce très prolifique, difficile à enrayer. Si on peut la contrôler, ce sera un pas dans la bonne direction», fait valoir M. Beaudoin.

En ce qui concerne la valorisation des récoltes, la réflexion se poursuit, et divers scénarios sont à l'étude. «On se demande quoi faire avec 800, 900 ou 1000 spécimens. Ça peut aller de la transformation en biomasse ensuite utilisée comme fertilisant, ou on en fait une expérience gastronomique, bref c'est à définir», termine M. Beaudoin.  

Un crustacé qui fait du chemin 
Selon le site du Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes, l'écrevisse à taches rouges a d'abord fait son apparition dans la rivière Ohio. C'est en 1963, en Ontario, que le crustacé est identifié une première fois. On le retrouve depuis le début des années 2000 au Manitoba et au Québec, notamment dans la rivière aux Brochets (Pike River). Il pourrait avoir été introduit dans d'autres cours d'eau par des pêcheurs.