Des bibliothèques toujours à la page

Par Ugo Giguere

Qu’en est-il du livre, du bouquin, de la «brique» à l’ère des liseuses électroniques? Les bibliothèques ont-elles toujours la cote? Que lisent les abonnés de la région? JournalLeGuide.com a posé ces questions à plusieurs bibliothécaires dans le cadre de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur célébrée le 23 avril.

Catherine Refour travaille depuis environ un an à la bibliothèque Commémorative Pettes de Lac-Brome. Comme si elle y était depuis toujours, elle décrit les lieux, les rayons, les habitudes des différentes clientèles.

On y rencontre des habitués avec leurs journaux ou leur ordinateur portable, des saisonniers qui arrivent de Montréal avec des demandes bien précises. «On essaie de répondre aux besoins le plus possible. Par exemple, c’est sûr que s’il y a des articles dans les journaux à propos d’un livre, on va se le faire demander», explique-t-elle.

C’est l’une des raisons qui fait en sorte que la petite bibliothèque inaugurée en 1896 est toujours à la page. Ça et le fait qu’elle soit déjà entrée dans le monde du livre virtuel alors que ses voisines tardent à le faire.

La plus vieille bibliothèque publique en milieu rural du Québec est passée au 21e siècle en 2012 en faisant l’acquisition d’une collection numérique. «On se trouve dans une période de changement et c’est quelque chose que l’on voulait offrir comme alternative», souligne la directrice Jana Valasek.

Pour l’anecdote, elle raconte que beaucoup de membres se sont vu offrir des liseuses en cadeau lors du Noël 2011. La bibliothèque a ensuite mis un an à se doter d’une collection virtuelle pour répondre à la demande du public. Un sondage interne aurait alors démontré que 50% de la clientèle était intéressée par ce nouveau service.

Il demeure cependant un hic, il n’y a toujours pas de titre francophone disponible de façon numérique. La bibliothèque a toutefois entrepris des démarches avec l’organisme Prêt numérique pour corriger le tir.

Le numérique s’étend

Ailleurs, l’attrait du numérique se fait aussi sentir. Même si l’institution date du tournant du 20e siècle, cela n’empêche pas la Bibliothèque publique de Waterloo de demeurer d’actualité. Celle-ci devrait joindre le mouvement du livre électronique d’ici la fin de l’été.

«On est en processus d’adhésion à Biblio réseau. Je viens de suivre la formation et le règlement est en préparation pour le livre électronique», annonce Mme Massé.

Elle-même avoue par contre ne pas être «pour ça bin bin» le livre électronique. «Je trouve que ça empêche la fréquentation des librairies et des bibliothèques. Ce n’est pas non plus comme toucher le livre», commente-t-elle.

Granby et Farnham sont aussi sur le point de faire leur entrée dans le prêt virtuel. À la bibliothèque Paul-O.-Trépanier de Granby, le processus est enclenché, même si l’on observe peu de demandes d’après la directrice Linda Laberge. Dans une première étape, ce sont uniquement des livres québécois qui seront disponibles numériquement.

Dino Coudé, bibliothécaire à Farnham, dit être régulièrement interpellé par des membres qui attendent impatiemment ce virage. «On me le demande de plus en plus, les gens n’ont pas à venir à la bibliothèque, il n’y a pas de retard, pas de retour, la transaction se fait de la maison», mentionne celui qui s’attend à offrir le service cette année.

Fréquentation en hausse

La croyance populaire que les bibliothèques sont désertées par la clientèle ne semble pas du tout fondée. Partout, la fréquentation est en hausse. À ce sujet, les données sur le nombre de prêts ne mentent pas. La croissance la plus spectaculaire devrait se révéler dans les chiffres de Farnham qui doivent être publiés sous peu.

En raison du changement de vocation de l’institution qui est devenue municipale en 2012, Dino Coudé s’attend à voir doubler le nombre de prêts par rapport à 2011.

Les 2 800 membres de la Bibliothèque commémorative Pettes reflètent aussi la bonne santé de l’établissement. Si l’on remarque une légère baisse des prêts à Lac-Brome, c’est surtout parce que les livres numériques ne figurent pas dans le cumulatif.

Les plus populaires

Entre les incontournables, les immortels et les coups de cœur spontanés, il faut se rendre à l’évidence que les choix des lecteurs se recoupent d’une bibliothèque à l’autre. Le cas du phénomène Cinquante nuances de Grey est un bel exemple.

«C’est la folie! Ça redonne de la libido aux madames», lance Dino Coudé de la Bibliothèque de Farnham. Il s’étonne d’ailleurs que la saveur érotique de la série de livres ne gêne pas du tout la clientèle.

Du côté de Waterloo, Nathalie Massé note que la popularité des romans de E.L. James a pris naissance en version francophone. «On l’avait en anglais en premier et il ne sortait pas. Il a commencé à sortir quand on l’a eu en français et ensuite ç’a été la folie en anglais et en français», raconte-t-elle.

D’autres succès généralisés s’observent dans les rayons de romans historiques. Les Michel David, Louise Tremblay d’Essiambre et Marie-Bernadette Dupuy continuent de captiver les lecteurs de la région.

Chez les jeunes et les ados, la cote de popularité des Vampires tient la route à Granby et à Waterloo, mais le succès populaire se trouve surtout du côté de la bande-dessinée.

Mariève Massé énumère les séries Kid Paddle, Les légendaires et Les Canayens de Monroyal comme des titres que les jeunes s’arrachent. À Lac-Brome, on cite plutôt Les Dragouilles et Les Sisters, alors qu’à Farnham Les nombrils font un malheur.

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