En réponse à la lettre d’Alexandre Hamel-Lesieur

En réponse à la lettre d’Alexandre Hamel-Lesieur
Sutton 

Monsieur,

Je salue votre préoccupation sur l’état de santé démographique de Sutton. Par ailleurs je suis convaincu que le groupe des «24» partage avec vous cette vision d’un village dynamique, avec une économie vivante et oui, de nombreuses jeunes familles.

Le débat qui polarise présentement notre communauté repose selon moi sur un vice des procédures consultatives mises en place par la municipalité et sur le questionnement des remèdes urbanistiques mis de l’avant pour atteindre cet objectif que tous semblent partager.

Les modifications du plan d’urbanisme concoctées en catimini et maladroitement diffusées par la présente administration encourageraient un éparpillement qui ressemblerait à une banlieue en montagne, je le crains. C’est un modèle urbanistique désastreux, tant du point de vue écologique qu’économique, basé sur des modèles du siècle dernier.  

S’appuyant sur une multitude de tristes études de cas, les écoles d’urbanisme, d’architecture et les groupes écologistes ont depuis 20 ans répudié cette façon d’aménager un territoire. Mais nul besoin d’être un expert, il n’y a qu’à se promener dans plusieurs villages du Québec pour constater les dégâts, et par contraste l’immense privilège d’habiter autour d’une montagne au paysage encore relativement intact.

Quant à vos inquiétudes face à l’érosion des jeunes familles à Sutton et aux fluctuations de la population écolière, il me semble plus juste de situer ces faits dans le contexte global des tendances démographiques propres à toutes les sociétés occidentales: vieillissement de la population et migration vers les centres urbains. 

Je doute que disséminer davantage de maisons dans la montagne puisse y changer quoi que ce soit. Ceci étant dit, nous pouvons nous permettre de croire qu’il existe des solutions plus efficaces adaptées à notre communauté pour attirer et retenir les jeunes familles à Sutton. Par exemple:

– des coops d’habitations familiales

– un service d’autobus assurant une liaison directe et rapide entre Montréal et Sutton

– une école secondaire alternative

– une école primaire offrant un véritable cursus bilingue, à l’image de la communauté 

– des installations sportives en bon état

– une revitalisation et une restructuration du noyau du village pour le rendre plus attrayant aux commerces et aux résidents (subventionner la transformation de la Filtex?)

– un allègement de taxes aux commerçants

Au fond, la démarche administrative pour modifier les règlements d’urbanisme, au mieux maladroite et ignorante, affiche au pire l’apparence d’une dérive ploutocratique instrumentalisant les «jeunes familles» à des fins pécuniaires. La grogne des «24» est parfaitement légitime et je l’appuie totalement.

Lorsque je suis venu de Montréal avec ma jeune famille pour m’installer à la campagne, étrangement je n’ai pas perçu les avantages que vous semblez attribuer à Bromont. Nous avons plutôt continué notre chemin, passant par cette courbe de la route 139 où les monts Sutton se révèlent dans toute leur splendeur naturelle. Nous n’avons surtout pas envie de reprendre la route.

Bernard Daoust, designer et résident de Sutton

**La lettre de M. Hamel-Lesieur se trouve ici

 

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