Hausse marquée du nombre de demandes d’aide médicale à mourir

Par Stéphanie MacFarlane
Hausse marquée du nombre de demandes d’aide médicale à mourir
L’an dernier, 14 personnes sont décédées avant d’avoir pu obtenir l’aide médicale à mourir en Estrie. (Photo : Deposit Photos)

SANTÉ. Le nombre de patients qui a formulé une demande d’aide médicale à mourir est en forte augmentation en Estrie. Au cours des deux premières années d’administration de ce soin de fin de vie, le nombre de demandes a bondi de 100%.

Entre le 11 décembre 2016 et le 10 décembre 2017, 74 personnes ont réclamé l’aide médicale à mourir, une hausse de 100% par rapport à l’année précédente. Du 10 décembre 2015 au 10 décembre 2016, 37 demandes d’aide médicale à mourir avaient été formulées, selon les Rapports de soins de fin de vie, déposés au conseil d’administration du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie-Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), consultés par le Journal Le Guide.

Une hausse qui étonne, mais qui, en même temps, ne surprend pas les autorités médicales. «On ne savait pas trop à quoi s’attendre. Il n’y avait pas de précédent. Mais on ne s’attendait pas à autant de demandes», convient Nathalie Schoos, adjointe à la directrice des soins infirmiers au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Elle ajoute que malgré ce bond, les équipes médicales sont disponibles pour répondre à l’ensemble des demandes en respectant les délais prévus par la loi. «Il n’y a pas de problématiques associées à la gestion des demandes», assure-t-elle.

De ces 74 demandes d’aide médicale à mourir formulées, 51 ont été administrées entre décembre 2016 et décembre 2017. À titre comparatif, 31 personnes ont reçu l’aide médicale à mourir entre le 10 décembre 2015 et le 10 décembre 2016, une hausse de 64,52%.

Formuler une demande

Nathalie Schoos indique que lorsqu’un patient formule, par écrit, sa demande d’aide médicale à mourir, celle-ci ne peut être administrée avant dix jours, à quelques exceptions près. «Si l’état de santé de la personne se détériore et que l’on craint qu’elle devienne inapte à décider ou encore si le décès [prévisible] semble pouvoir survenir à l’intérieur de ces dix jours, dans ces cas-là, le médecin a le loisir de devancer», explique-t-elle.

Le patient décide de la date et de l’heure de son décès. L’aide médicale à mourir est généralement administrée à la dixième ou à la onzième journée suivant la demande.

«Toute personne qui est en fin de vie a droit à une certaine diligence. Le patient décide de la date pour nous aider à nous préparer. Il y a beaucoup de mécanique, notamment pour préparer la trousse de médicaments. On considère aussi la disponibilité médicale», poursuit Mme Schoos.

Lieu

Le patient peut également décider où il souhaite terminer ses jours, que ce soit à l’hôpital, à sa résidence, au chalet, au centre d’hébergement de soins de longue durée ou à la maison de soins palliatifs. «On a les données de la provenance des usagers. Je peux vous dire que la majorité des cas d’aide médicale à mourir a lieu aux soins palliatifs de courte durée et à domicile. Ce sont les deux principaux milieux», soutient Nathalie Schoos.

Les données du territoire de Brome-Missisquoi sont intégrées aux statistiques de l’Estrie. Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS ne précise pas le nombre d’aides médicales administrées par endroit par souci de confidentialité.

«On ne donne pas les données ventilées par région pour éviter d’identifier les personnes. Mais il y en a eu partout sur le territoire. C’est réparti selon le poids de la population», indique Mme Schoos.

Refus

Des 74 demandes d’aide médicale à mourir formulées entre le 11 décembre 2016 et le 10 décembre 2017, 23 ont été refusées. Les Rapports sur les soins de fin de vie détaillent les refus comme suit : trois patients ne répondaient pas aux critères, deux ont changé d’avis, quatre sont devenus inaptes et 14 sont décédés avant de recevoir le soin.

«Il ne faut pas oublier que les personnes qui demandent l’aide médicale à mourir sont déjà en fin de vie. [Dans ces cas-ci], on pensait que les dix jours requis étaient suffisants, mais la science du pronostic de vie n’est pas exacte. Les patients ne donnent pas toujours de signes cliniques [qu’ils vont mourir plus rapidement]. On n’a pas d’idée claire à savoir quelle forme la courbe [de fin de vie] va avoir l’air», poursuit Nathalie Schoos. Pour la période du 10 décembre 2015 au 10 décembre 2016, six demandes avaient été refusées.

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