Lac Bromont: l’opération Phoslock tient ses promesses 

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Par Roxanne Langlois
Lac Bromont: l’opération Phoslock tient ses promesses 
Le lac Bromont est le tout premier en province à avoir éprouvé le traitement Phoslock. L'épandage du produit a eu lieu du 26 octobre au 4 novembre 2017. (Photo : Journal Le Guide-Archives)

ENVIRONNEMENT. Les 174 tonnes de Phoslock déversées dans le lac Bromont l’automne dernier ont tenu promesse. Utilisé au Québec pour la première fois, ce produit australien est parvenu, entre juin et août dernier, à mettre à mal environ 70 % du phosphore du cours d’eau répertorié l’année précédente dans ce cours d’eau. Cette substance est responsable des algues bleu-vert.

Le bilan annuel, très positif, a été présenté à la population à l’occasion d’une rencontre d’information citoyenne tenue le 28 février dernier à l’hôtel de ville. Le produit, qui vise à contrer la prolifération des cyanobactéries, fonctionne, confirment les experts. «Une baisse de 70 %, c’est énorme et c’est très encourageant. Ça nous démontre que le Phoslock agit très bien, qu’il a capté le phosphore qui était relargué», se réjouit Élisabeth Groulx-Tellier, chargée de projet pour Action conversation du bassin versant du lac Bromont (ACBVLB).

Précisons que le Phoslock est formé de granules d’une variété d’argile, la bentonite, à laquelle est chimiquement fixé du lanthane. Lorsqu’appliqué, ce métal non toxique se dépose au fond du lac à la manière d’une couverture; il peut ainsi non seulement capter de façon permanente le phosphore se trouvant dans la colonne d’eau, mais trappe également celui libéré par les sédiments lorsqu’un largage s’opère.

Les résultats sont d’autant plus encourageants que l’été a été exceptionnellement chaud: dès juin, de l’anoxie était déjà décelée dans les couches profondes du cours d’eau. C’est ce manque d’oxygène qui contribue au phénomène de largage. «C’était comme une bombe à retardement», image la chargée de projet pour l’ACBVLB.

Autre signe prometteur: pour la première fois depuis plusieurs années, la plage municipale n’a pas été fermée aux citoyens l’été dernier. «On a eu des bons commentaires tout l’été de baigneurs qui nous disaient combien le lac était beau. […] Un été sans fermeture, ce n’était pas arrivé depuis une dizaine d’années. C’est incroyable!», s’exclame la représentante de la ACBVLB.

Au final, ce sont au moins 60 % des fleurs d’eau qui ont été éradiquées, calcule l’organisation. Alors qu’en 2017 le tout premier bloom d’algues bleu-vert avait été signalé dès le 7 juin, certains de faible intensité ont été constatés en 2018. Or, ces petites zones n’ont été observées en rive qu’à partir de la mi-août.

«On essaie de comprendre pourquoi. On est en train de faire des corrélations entre les grosses précipitations qu’on a eues et les cyanobactéries», ajoute Mme Groulx-Tellier, précisant que le phénomène était néanmoins très négligeable comparativement aux années précédentes. Si cette théorie est confirmée, cela signifierait que le phosphore responsable de ces minimes efflorescences proviendrait des ruisseaux tributaires.

Les yeux braqués sur Bromont

Divers acteurs du Québec et même de l’extérieur ont les yeux braqués sur Bromont, dont le lac est le tout premier en province à avoir éprouvé le traitement Phoslock. «Nos résultats sont attendus, certaines associations voudraient la même chose pour leur lac, explique Mme Groulx-Tellier. Il y a même une association de lacs de l’Ontario qui nous a écrit pour savoir si ça avait fonctionné. Beaucoup, beaucoup de gens sont à la recherche d’une solution».

Or, cette substance ne constitue en rien un remède miracle à tous les problèmes reliés au phosphore, nuance Élisabeth Groulx-Tellier. Cette alternative a été préconisée au terme de plusieurs années de recherche menées par le Service aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) puisque le principal problème du lac Bromont était sa charge interne en phosphore.

Lutte aux apports externes

Si le lac bromontois a en quelque sorte remporté sa bataille estivale contre les cyanobactéries, la guerre, elle, est loin d’être terminée. Le travail de l’ACBVLB doit se poursuivre, notamment en termes de prévention, prévient Mme Groulx-Tellier. L’idée est d’éviter les apports externes de phosphore, en provenance, par exemple, des cours d’eau tributaires.

«Oui, le Phoslock fait son travail pour la charge interne, mais il faut aussi que tout le monde dans le bassin versant réduise son apport de phosphore. Le traitement a été calculé pour ce qu’il y avait dans le lac lors de son application», vulgarise-t-elle. Les activités agricoles, l’érosion, les fosses septiques ou le déboisement peuvent constituer des sources externes.

Précisons qu’un comité de bassin versant réunissant les différents acteurs concernés par l’enjeu a d’ailleurs été créé cet été. Des actions de sensibilisation devraient en découler. «Ce sera vraiment notre cheval de bataille des prochaines années», assure la chargée de projet.
Le coût de l’opération Phoslock, estimé à 650 000 $, a entièrement été assumé par la Ville de Bromont.

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