Agneau brassicole: La Bêlerie de Cowansville en route vers une appellation contrôlée

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Par Xavier Demers
Agneau brassicole: La Bêlerie de Cowansville en route vers une appellation contrôlée
La Bêlerie de Cowansville a environ 650 brebis qu’elle nourrit avec de la drêche. Sur la photo, Myriam Langlois, de La Bêlerie. (Photo : Le Guide - Xavier Demers)

AGRICULTURE. La ferme ovine La Bêlerie à Cowansville a décidé de se lancer dans l’aventure de nourrir en partie ses moutons de drêche. L’entreprise a également dans ses cartons d’en faire une appellation contrôlée dénommée «Agneau brassicole».

La drêche est un résidu d’orge formé lors du processus de brassage de la bière.

«Ce sont des drêches humides, explique Myriam Langlois, de La Bêlerie. C’est sucré un peu. On n’a pas eu de difficultés à l’introduire dans l’alimentation, ça s’est fait vraiment facilement. Ça représente un ratio, ça ne représente pas toute l’alimentation parce que sinon ils seraient débalancés. Ça nous a permis de couper dans d’autres choses qui coûtaient très cher, des suppléments qu’on devait acheter.»

La ferme ovine a commencé par faire des essais sur ses bêtes avant de découvrir que les animaux en étaient friands.

«On a fait des tests avec un groupe témoin et un groupe qui a été exposé à la drêche pendant toute sa croissance, raconte Mme Langlois. Ensuite de ça, on a trouvé un fournisseur qui était capable de nous en fournir sur une base régulière en gros.»

Peu utilisée au Québec, elle est majoritairement jetée ou exportée aux États-Unis alors qu’elle pourrait servir dans le monde agricole, selon Myriam Langlois.

«C’est une idée qui nous est venue en voyageant aux États-Unis et on s’intéresse beaucoup à ce qui se fait dans d’autres productions, les trucs d’innovation qui sont faits ici et là, rapporte-t-elle. C’est quelque chose qui est utilisé beaucoup chez les producteurs laitiers parce que c’est un sous-produit. La différence, c’est que les fermes aux États-Unis, surtout dans la production laitière, elles n’ont pas de quotas. Elles doivent réduire leurs coûts d’opération, elles n’ont pas le choix parce qu’elles vont avoir des difficultés à arriver. Ce n’est pas la même mise en marché qui est faite là-bas du tout comparativement à ici, on n’a pas les mêmes mesures de contrôle ni d’appui.»

Avantages

L’utilisation de la drêche comporte de multiples avantages, selon Myriam Langlois, à commencer par la réduction des coûts d’opération.

«Ça ne coûte vraiment pas cher, comparativement au maïs et à d’autres formes de nourriture. Comparativement à la culture que l’on fait nous-mêmes, on va chercher vraiment une diminution des coûts d’opération.»

En plus des nutriments, du plus haut taux de protéines et de gras que les moutons vont chercher dans la drêche, le goût de l’agneau en est également amélioré.

«Les résultats en ce qui concerne la viande sont super beaux. On a un super beau persillage, [les filaments de graisse dans les tissus musculaires], un taux de gras un peu plus élevé, mais qui fait que la viande à la cuisson est magnifique. Le gros avantage qu’on voyait avec ça aussi, c’est la réutilisation d’un sous-produit qui était jeté ou exporté à 90% aux États-Unis. Ce n’était pas utilisé ici. Pourquoi? Je ne sais pas.»

Appellation contrôlée

Après avoir réalisé le succès de son expérience, La Bêlerie a commencé à mijoter l’idée de partager sa découverte avec d’autres producteurs ovins au Québec et même d’en faire une appellation contrôlée.

C’est alors qu’un collectif de cinq producteurs est né.

«Nous, on porte le projet, indique Myriam Langlois. On a fait les démarches initiales. C’est un regroupement de fermes et de producteurs qui va travailler sur les différentes étapes qui vont s’en venir avec le [Conseil des appellations réservées et des termes valorisants] (CARTV) et les prochaines analyses. On débute les études d’offre ensuite, ce sera la rédaction du cahier des charges.»

La durée du processus en vue d’obtenir l’appellation contrôlée est estimée à entre un an et demi et deux ans. D’ici là, le collectif se penche sur des mesures de contrôle afin de bien encadrer l’«agneau brassicole».

«On doit établir des mesures de contrôle, mais en même temps, on ne veut pas quelque chose de trop strict, souligne Mme Langlois. On ne veut pas trop limiter la chose. On doit aller chercher un juste milieu.»

Cette initiative pourrait également tisser des liens entre des microbrasseries et des producteurs à travers la province.

Popularisation

Avec la nouvelle appellation contrôlée, Myriam Langlois espère pouvoir renouveler l’intérêt envers l’agneau, qui est encore un produit méconnu dans la province.

«Notre mission, c’est vraiment de rendre le produit accessible au consommateur. C’était vraiment difficile d’avoir accès à l’agneau du Québec, surtout local. C’est là-dessus qu’on s’est penchés. Le fait d’aller chercher une appellation contrôlée, ça nous permet d’avoir une mise en marché indépendante, un produit qu’on peut pousser, valoriser, faire un marketing dessus pour prendre une plus grande place sur le marché. C’est quelque chose qui manque énormément dans le milieu de l’ovin actuellement, de mettre en valeur ce produit-là et le mettre sur les tablettes, si ça peut améliorer ce réflexe-là d’en acheter et de l’intégrer dans leur alimentation quotidienne. On est dans ceux qui en mangent le moins malgré qu’on soit la deuxième province la plus productrice d’agneau après l’Ontario.»

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