Brome-Missisquoi: les producteurs plaident en faveur d’une relance de l’agrotourisme

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Par Claude Hebert
Brome-Missisquoi: les producteurs plaident en faveur d’une relance de l’agrotourisme
Anne-Marie Lemire, copropriétaire du vignoble Léon Courville. (Photo : Le Guide – Claude Hébert)

ÉCONOMIE. Les producteurs de Brome-Missisquoi ont été durement affectés par la pandémie de coronavirus et réclament une relance rapide de l’agrotourisme, un secteur phare de l’économie régionale.

«Nous sommes les grands oubliés du déconfinement. On a l’impression d’être laissés pour compte», indique Anne-Marie Lemire, copropriétaire de l’entreprise Léon Courville, vigneron, et présidente du comité consultatif en tourisme au CLD de Brome-Missisquoi.

Cette dernière ajoute que l’industrie viticole a présenté ses recommandations aux instances gouvernementales, voilà plusieurs semaines, mais est toujours en attente d’une réponse.

«Les vignobles qui disposent d’un restaurant sont autorisés à servir leurs vins aux consommateurs, mais le gouvernement du Québec empêche les entreprises comme la nôtre de faire des dégustations, de l’animation ou de mettre leurs tables de pique-nique à la disposition de la clientèle. Ces restrictions privent nos visiteurs d’une bonne partie de leur plaisir», explique Mme Lemire.

La copropriétaire du vignoble Léon Courville laisse entendre que la grande majorité des ventes (environ 80 %) sont habituellement précédées d’une dégustation. Les clients goûtent aux différents produits et achètent les bouteilles qu’ils préfèrent.

SAQ et ventes en ligne

Anne-Marie Lemire estime que la crise du coronavirus et les restrictions imposées par le gouvernement du Québec priveront son entreprise d’une bonne partie de ses revenus annuels.

L’entrepreneure se console à l’idée que la clientèle régulière du vignoble a continué à s’approvisionner à la boutique malgré la pandémie. Les ventes en ligne ont par ailleurs augmenté, ce qui est de bon augure pour l’avenir.

«La SAQ nous a donné un coup de main en augmentant la quantité de vins québécois sur les tablettes et en leur accordant une meilleure visibilité. La vague d’achat local nous a également aidés. Il reste à souhaiter que ce ne soit pas seulement une mode passagère», poursuit la copropriétaire du vignoble Léon Courville.

Les Québécois ont par ailleurs été nombreux à répondre à l’invitation du premier ministre Legault et à offrir leurs services, au début de la pandémie, avant la mise sur pied des programmes d’aide gouvernementaux.

«Nous avons fait beaucoup de sollicitation sur les médias sociaux et ça a donné des résultats. De 30 à 40 Québécois sont venus travailler chez nous et c’est tombé pile, car les travaux ont commencé trois semaines plus tôt cette année», résume Mme Lemire.

L’entreprise pourra maintenant compter sur les services d’une quinzaine d’employés réguliers et de six travailleurs étrangers qui terminent la quarantaine obligatoire imposée par l’État.

Un beau printemps de perdu

Charles-Henri de Coussergues, copropriétaire du vignoble de L’Orpailleur et président de l’Association de l’agrotourisme et du tourisme gourmand du Québec (AATGQ), plaide lui aussi en faveur du déconfinement des entreprises oeuvrant dans le secteur de l’agrotourisme.

«La saison touristique  est commencée. Nous avons eu plusieurs belles fins de semaine à date, mais nous n’avons pas pu en profiter pleinement. Les gens qui nous rendent visite sont très surpris et ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas pique-niquer ou déguster des produits à la ferme. Ça crée de la frustration chez les clients, tout comme chez les producteurs», indique-t-il.

Selon les plus récentes rumeurs, le gouvernement du Québec pourrait autoriser les dégustations à l’extérieur prochainement.

«Ce n’est pas l’idéal, car nos infrastructures pour la dégustation se trouvent à l’intérieur. Faudra-t-il investir dans l’achat ou la location de chapiteaux, de marquises individuelles? Tout laisse croire qu’on n’aura pas le choix», poursuit M. de Coussergues.

Le vigneron signale que de nombreux producteurs agricoles «ont embarqué dans l’agrotourisme» au cours des dernières décennies. Plusieurs de ces entreprises ne seraient sans doute plus en affaires si elles ne s’étaient pas diversifiées, ajoute-t-il.

Le copropriétaire du vignoble de L’Orpailleur s’attendait à un déconfinement beaucoup plus hâtif du secteur de l’agrotourisme.

«Il y avait beaucoup d’espoir pour le 8 juin. On était convaincus qu’on serait inclus (dans cette étape du déconfinement). Ç’a été une grosse déception», admet-il.

Un baume sur les malheurs

Charles-Henri de Coussergues trouve malgré tout certaines consolations à cette crise sanitaire.

«La vente des produits québécois a bondi de 70 % à la SAQ au cours des derniers mois. Beaucoup de gens ont découvert les produits d’ici et devraient leur rester fidèles, car ils sont satisfaits de leurs trouvailles», affirme le vigneron de Dunham.

Les vins du Québec ne représentent actuellement que 1% ou 2% des ventes de vins à la SAQ (2,4 millions de bouteilles d’ici sur les 240 millions de bouteilles vendues), mais M. de Coussergues s’attend à ce que ce pourcentage grimpe à 5 % dans la prochaine décennie.

Le vignoble de L’Orpailleur a également connu une bonne augmentation de ses ventes en ligne durant la pandémie.

«Nous avions une page transactionnelle depuis cinq ans, mais elle ne décollait pas. Depuis la crise, c’est tout le contraire», indique M. de Coussergues.

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