Une Bromontoise s’ouvre sur sa relation tumultueuse avec la nourriture

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Par Xavier Demers
Une Bromontoise s’ouvre sur sa relation tumultueuse avec la nourriture
Karine Nadeau raconte, à travers son blogue Le beau désordre, ses difficultés avec les troubles alimentaires. (Photo : Gracieuseté)

SANTÉ. La Bromontoise Karine Nadeau se dévoile au grand jour en racontant, sans détour, son passé avec les troubles alimentaires à travers son blogue, mis en ligne l’an dernier. Avec la semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires qui approche à grands pas, elle désire aider ceux et celles qui éprouvent des difficultés à en parler.

La relation tumultueuse que Karine Nadeau a avec la nourriture a commencé lorsqu’elle avait 15 ans.

«J’ai voulu perdre du poids, relate-t-elle. Ça a commencé avec un régime. Je n’étais pas grosse, je ne m’aimais juste pas. À cet âge-là, avec le développement, la recherche de soi-même, c’est tellement difficile tout ça. Je pensais qu’en perdant du poids, j’allais devenir super populaire et que j’allais devenir belle.»

Le régime a fonctionné. Mais ça ne s’avérera que le début de ses problèmes.

«Je voulais toujours perdre du poids. La balance et moi, on avait une relation amour-haine. J’étais rendu à 83 livres. Pour mon 5 pieds 2 pouces, ce n’était pas beau à voir. J’étais très malade aussi.»

C’est alors que ses parents lui ont lancé un ultimatum. Elle prenait du poids par elle-même ou elle consultait des professionnels pour l’aider.

«Ils n’aimaient pas me voir comme ça. Je m’isolais, je ne voulais plus voir personne parce que les gens me disaient toujours qu’il fallait que je mange. J’ai décidé de prendre du poids par moi-même, en consultant mon médecin de famille et une nutritionniste. C’est dommage parce que j’aurais dû aller voir une psychologue. Oui, j’ai repris du poids, mais mentalement, ça n’allait pas bien.»

L’année suivante, Karine Nadeau entreprend un voyage étudiant en Colombie-Britannique. Loin de ses proches, elle se tourne vers la nourriture pour se consoler.

«J’ai pris énormément de poids au point où ma mère ne me reconnaissait presque pas à l’aéroport. J’avais eu d’importantes crises hyperphagiques. Quand je suis revenue, je m’entraînais pour perdre du poids. C’est à ce moment-là que la phase yo-yo a commencé.»

Alcool, nourriture, suivis par régime et entraînement, tout à l’extrême, elle est entrée dans un cercle vicieux, un cycle qui a perduré pendant plusieurs années.

«Ce que je faisais, la fin de semaine, je me saoulais. Le dimanche, j’étais <@Ri>scrap<@$p>, donc je mangeais. Crise d’hyperphagie aussi lundi. La semaine, c’était des régimes ultra sévères et d’entraînement. C’est une roue qui recommençait. C’était extrêmement malsain comme hygiène de vie.»

«Un moment donné, ma vie a changé, ajoute-t-elle. J’ai rencontré quelqu’un d’autre. Le conjoint que j’ai actuellement s’en fout du poids que j’ai. Cette pression-là, je n’en ressens plus. Si j’en ai, ça vient de moi-même.»

Si, aujourd’hui, Karine Nadeau va beaucoup mieux, elle confie qu’elle doit toujours se battre afin de ne pas retomber.

«Même si aujourd’hui, les troubles alimentaires sont derrière moi, je lutte quand même à tous les jours avec ma relation avec la nourriture. Ce n’est jamais facile.»

Blogue

L’idée de partir un blogue, intitulé Le beau désordre et disponible au lebeaudesordre.com, lui est venue l’an dernier, environ à pareille date.

«J’ai eu un déclic, il y a un an. Dans ce temps-là, je voyais une psychologue toutes les semaines. Je voyais bien que de parler de la relation que j’ai avec la nourriture, ça m’aidait beaucoup. Je voyais la différence et le bien-être que ça m’apportait.»

Elle s’est tournée vers les réseaux sociaux au départ. Un pas difficile, mais tellement libérateur, selon elle.

«J’ai décidé de faire une publication Facebook de mon parcours, de mon histoire. J’ai pogné de quoi, de dire ça à 650 amis Facebook. C’était quelque chose pour moi de me dévoiler de même. J’ai eu une réponse instantanée et forte de mes amis. Ça m’a choquée de voir que j’avais beaucoup d’amis qui souffraient de troubles alimentaires et que je ne le savais pas. J’ai senti que ça avait fait du bien à des gens de savoir qu’ils n’étaient pas tout seuls à vivre ça.»

Non seulement sent-elle qu’elle est en mesure d’aider certaines personnes, et elles sont beaucoup, qui vivent des troubles alimentaires, mais écrire son blogue lui permet également d’entreprendre une sorte d’autothérapie.

«J’ai tellement de choses à dire. Ça a été naturel d’aller dans cette voie-là du blogue. Je suis vraiment transparente. Je n’ai rien à cacher, rien à prouver à personne, rien à prouver à moi-même non plus.»

«Quand j’entends parler des troubles alimentaires dans les médias, on explique ce que c’est, mais je pense que d’aller dans le vif du sujet et montrer le laid, c’est intéressant de mon point de vue. Je pense que c’est ce que j’apporte avec mes textes», ajoute-t-elle.

Le mois prochain, une nouvelle section Témoignages apparaîtra sur son site. Un questionnaire ouvert à tous est également en ligne permettant à ceux qui voudraient se libérer d’un poids d’en parler, anonymement ou non.

L’importance d’en parler

Si Karine Nadeau n’a qu’un seul conseil à donner à ceux qui sont aux prises avec des troubles alimentaires, c’est de ne pas hésiter à aller chercher de l’aide.

«Je pense que la clé, c’est d’en parler, d’exprimer ce qu’on ressent. Avec Anorexie Boulimie Québec (ANEB) et Jeunesse j’écoute aussi, ils ont une section pour les troubles alimentaires. Il y a beaucoup de ressources qui sont gratuites. On peut clavarder par texto. C’est génial aujourd’hui. Les gens peuvent rester anonymes. Ce premier pas-là peut faire toute une différence. En parler, ça enlève un énorme poids sur les épaules.»

Karine Nadeau explique également qu’elle a été beaucoup influencée par les vidéoclips et les modèles quasi parfaits qui y sont représentés en grande majorité.

Encore aujourd’hui, elle fait attention aux comptes «fitness» sur Instagram qui pourraient la faire retomber.

«Ça me fait plaisir de voir des artistes en premier plan avec une diversité qui a beaucoup évolué, note-t-elle. C’est merveilleux, enfin. Les ressources également sont plus accessibles, avec Internet aussi, c’est une bonne chose. L’acceptation de soi, ce n’est toujours pas facile. Les standards de beauté, il fait vraiment s’en défaire et ne pas être influencé par ça. En temps de pandémie en plus, les troubles alimentaires sont exacerbés.»

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