400 citoyens soutiennent le petit Jérémy

Près d’un demi-millier de personnes – selon une estimation de la Sûreté du Québec – ont marché dans les rues de Saint-Angèle-de-Monnoir, dimanche dernier, pour soutenir Jérémy Allard, un jeune patineur artistique, qui a été victime d’intimidation. Le jeune garçon a également eu droit à la médaille de l’Assemblée nationale du Québec en guise d’encouragement.

 

Des enfants, parents et grands-parents, voisins, concitoyens ou connaissances du jeune patineur artistique, bien sûr, mais aussi des personnalités des milieux sportif, culturel et politique, ont pris part à l’évènement. L’ex-hockeyeur professionnel George Laraque, le comédien-animateur Jasmin Roy, la députée Marie Bouillé, le maire Michel Picotte, les commissaires Andrée Boucher et Jacques Darche et plusieurs autres figures connues prenaient place aux abords du centre communautaire Charles D’Auteuil.

 

La réalité de Jérémy
Jérémy Allard a assisté à une conférence de Jasmin Roy, en décembre dernier à l’école primaire Saint-Vincent de Saint-Césaire, en compagnie de sa mère.

 

«La rencontre était publique. Tout le monde pouvait y assister», précise Josée Desrochers, la mère du garçon.

 

Lors de son allocution, le conférencier a décrit l’intimidation dont il avait été victime. Il a également parlé du calvaire enduré par deux de ses amis.

 

«L’un des deux copains en question pratiquait le patinage artistique. Pas besoin de vous dire que ce détail a interpellé Jérémy, qui s’est immédiatement reconnu dans les propos de M. Roy. Et ce n’est pas étonnant, parce que mon fils vivait la même situation», ajoute Mme Desrochers.

 

Le jeune Jérémy a commencé à subir de l’intimidation à l’âge de six ans, quand il a joint les rangs du Club de patinage artistique de Saint-Césaire. De jeunes hockeyeurs s’en sont alors pris à lui, après une joute. Il a également connu sa part de difficultés à l’école Jeanne-Mance, où certains enfants le traitent comme un rejet.

 

«Jérémy est habitué de recevoir des jambettes, des coups de poing. Mais il y a encore pire: les paroles font souvent plus mal que les agressions physiques», déplore Mme Desrochers.

 

En septembre dernier, après un camp de perfectionnement estival à Brossard, Jérémy Allard s’est joint au CPA de Saint-Hilaire.

 

«Jérémy adore le patinage artistique et se sent bien dans ce qu’il fait. Il est beaucoup plus fort que les apparences le laissent croire et n’entend pas céder à l’intimidation», poursuit la mère du garçon de huit ans.

 

Cette dernière croit que la marche d’appui de dimanche dernier lui donnera le courage nécessaire pour vivre sa passion au grand jour et peut-être même réaliser son rêve le plus cher: représenter le Canada aux Jeux olympiques.

 

Lutte à finir
George Laraque, ex-joueur des Canadiens de Montréal, ex-vedette de la téléréalité Battle of the Blades et chef adjoint du Parti vert du Canada, qualifie le petit Jérémy de modèle.

 

«À huit ans, Jérémy fait preuve d’une grande force de caractère. C’est un héros, car il veut continuer à pratiquer son sport malgré les embûches», indique l’ancien homme fort du Tricolore.

 

Ce dernier dit avoir de la difficulté à comprendre qu’un enfant puisse vivre de l’intimidation «dans un petit village de 1700 habitants, où tout le monde se connaît».

 

Le comédien et animateur Jasmin Roy, qui mène un combat contre la discrimination et la violence à l’école, rappelle que l’intimidation fait des ravages partout au Québec.

 

«L’intimidation affecte l’estime de soi et la santé mentale des élèves qui en sont victimes. Elle conduit même parfois jusqu’au suicide», insiste le président de la Fondation Jasmin Roy, d’un ton ému.

 

M. Roy ajoute que le jeune Jérémy, malgré son lot de difficultés, a le privilège de pouvoir compter sur la solidarité des gens de son patelin.

 

«Je n’ai pas eu cette chance lorsque j’étais plus jeune», poursuit-il.
Jasmin Roy encourage du même souffle les concitoyens de Jérémy Allard à devenir des ambassadeurs de la non-violence.

 

«À partir d’aujourd’hui, vous devenez tous des porte-parole de la lutte contre l’intimidation», insiste-t-il.

 

Autres témoignages
Line Lefebvre est une amie d’enfance de Josée Desrochers, la mère de Jérémy. Cette dernière connaît l’histoire du garçon de huit ans d’un bout à l’autre. Elle a pris congé et fait le voyage de Beauharnois spécialement pour l’occasion. Sa sœur Manon, de Chambly, l’a accompagnée.

 

«L’intimidation, ça ne devrait pas exister, mais c’est là depuis toujours», fait remarquer celle qui a notamment fait partie de l’équipe nationale de handball.

 

Cette dernière se dit touchée par le mouvement de solidarité qui prend forme à Sainte-Angèle. Elle trouve émouvant que des gens de partout (Montréal, Saint-Hyacinthe, etc.) se soient déplacés pour soutenir le fils de sa bonne amie.

 

«Nous, les adultes, on peut se défendre. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas pour les plus jeunes», rappelle-t-elle.

 

Sophie Hovington, une enseignante de niveau préscolaire et Christine Leduc, une professeure de la troisième année du primaire, ont assisté à la marche contre l’intimidation au nom de leurs collègues de l’école Jeanne-Mance.

 

«Beaucoup de gens avaient d’autres obligations. Ils ne pouvaient pas tous participer à la marche, mais sont avec nous en pensée», indique Mme Hovington.

 

Les deux dames n’ont pas enseigné à Jérémy Allard, mais le côtoient à tous les jours dans la cour de récréation.

 

«Notre école est très proactive dans la lutte contre l’intimidation et offre même des ateliers en classe, une dizaine par année, qui aident les élèves à mieux comprendre le phénomène. Comment s’affirmer? Comment demander de l’aide? Comment dénoncer et à qui s’adresser? Voilà quelques-uns des thèmes abordés dans ces ateliers», résume Mme Hovington.

 

L’enseignante décrit la cour d’école de Jeanne-Mance comme une «zone protégée» et fait état de divers autres moyens (boîte de dénonciation, affiches de sensibilisation) mis de l’avant par la direction et le conseil d’établissement pour lutter contre ce triste phénomène.

 

Même s’il a été victime d’intimidation, Jérémy Allard entend continuer à pratiquer le patinage artistique. Il souhaite même un jour pouvoir représenter son pays aux Jeux olympiques. À ses côtés, on reconnaît George Laraque.
Photo : Claude Hébert

 

Plusieurs parents et enfants de Sainte-Angèle ont pris part à la rencontre.

 

La députée Marie Bouillé remet la médaille de l’Assemblée nationale à Jérémy.

 

De 400 à 500 citoyens ont marché dans les rues de Sainte-Angèle pour dénoncer le phénomène de l’intimidation.

 

 


 

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