Brome-Missisquoi a perdu 1 266 emplois manufacturiers en six ans

Depuis 2006, les efforts de rationalisation, coupures de personnel et fermetures d’usine ont ébranlé le marché du travail de Brome-Missisquoi. Pas moins de 1 266 emplois manufacturiers ont été perdus à Farnham, Bedford, Cowansville et East Farnham en six ans, révèlent des données obtenues par lAvenirEtDesRivières.com.

Selon une étude publiée par le CLD de Brome-Missisquoi, bon nombre de travailleurs d’usine sont relativement âgés et servent le même employeur depuis plusieurs dizaines d’années. Plusieurs d’entre eux doivent prendre une retraite anticipée, quand ils perdent leur emploi, faute de pouvoir dénicher un nouveau travail. Et, ceux qui en trouvent un demeurent généralement en chômage plus longtemps que leurs collègues plus jeunes. Dans certains cas, le nouveau salaire est bien en deçà de la rémunération offerte en usine.

Un revenu moindre

Lucie Bernier a perdu son emploi chez Collins & Aikman, le 14 février 2007, après 33 ans de loyaux services. Quelque 220 syndiqués et plusieurs employés-cadres de l’entreprise de Farnham ont subi le même sort.

«Les rumeurs de fermeture couraient depuis longtemps, mais ça a quand même été un choc», affirme celle qui avait 51 ans à l’époque.

Mme Bernier a suivi 16 semaines de cours au centre d’éducation des adultes de Cowansville, en compagnie d’une vingtaine de collègues de chez C&A, afin d’aller chercher une équivalence de secondaire 5. Elle a par la suite étudié huit mois à Sainte-Julie pour l’obtention d’un diplôme d’études professionnelles.

Depuis la fermeture de C&A, la Dunhamienne d’adoption a travaillé à l’atelier de couture Confection 2000, de Farnham, pendant six mois, puis au magasin Wal-Mart de Cowansville pendant neuf autres mois. Elle est à l’emploi de la quincaillerie Canac depuis maintenant un an.

«J’ai recommencé à travailler au salaire minimum. Cinq ans plus tard, je n’ai encore jamais réussi à retrouver un travail à 20$/heure», précise Mme Bernier.

Le processus de deuil

Bernard Osterrath connaît bien les impacts d’une fermeture d’usine dans une petite communauté comme celle de Cowansville.

«Quand tu travailles au même endroit pendant plusieurs décennies, tu tisses des liens très étroits avec tes collègues de travail, qui deviennent en quelque sorte les membres de ta deuxième famille. Comme on passe souvent plus de temps avec eux qu’avec ses proches, il n’est pas facile de faire le deuil. Certains n’en seront jamais capables et continueront de vivre<I>dans le monde de la shop<I>», indique celui qui a travaillé chez Consoltex pendant 22 ans tout en oeuvrant au sein du  Syndicat du vêtement, textile et autres industries – affilié à la FTQ.

M. Osterrath a perdu son emploi en janvier 2008, lorsque son employeur s’est placé sous la protection de la Loi de la faillite. Quelque 230 autres cols bleus ont subi le même sort. Une centaine d’employés syndiqués a été rappelée au travail, trois mois plus tard, alors qu’une autre centaine s’est prévalue des services d’orientation et de formation offerts par le comité de reclassement tripartite (Emploi-Québec, employeur, syndicat).

«Comme je n’étais pas parmi les plus anciens, je n’ai jamais repris le travail, mais j’ai conservé mon poste de président du syndicat jusqu’à la fin de 2009», explique-t-il.

La fermeture définitive de l’usine, opérée par le créancier Geo Sam, a eu lieu en 2010 et envoyé au chômage les cent derniers employés.

«Plusieurs d’entre eux avaient une cinquantaine d’années et plus, avec une moyenne d’ancienneté de 35 à 40 ans. Quelques-uns n’avaient aucune scolarité et savaient à peine écrire. Dans le monde hyper électronique d’aujourd’hui, ils se sont retrouvés complètement perdus», signale M. Osterrath.

Beaucoup d’ex-employés de Consoltex ont déniché un nouvel emploi, mais pas nécessairement dans le secteur manufacturier, ni au même salaire et pas à Cowansville.

«Ceux et celles qui ont trouvé du travail à salaire égal ont dû se résoudre à voyager. J’en connais qui font le trajet Cowansville-Bromont, matin et soir, pour gagner leur croûte. Avec le coût d’achat d’une auto et le prix de l’essence, leur revenu net a forcément diminué», ajoute l’ex-mécanicien de la Consoltex.

Pertes d’emploi dans Brome-Missisquoi

Année    Ville                      Entreprise                     Nombre

2006      Cowansville          Traksport (1)                    30

2006      Cowansville          Albany Felt                             76

2006      East Farnham      Mallette International               105

2007      Farnham              Collins & Aikman (1)                    75   

2007      Cowansville          Consoltex (1)                           25

2007      Farnham              Collins & Aikman (2)                    270

2008      Cowansville          Consoltex (2)                     236

2008      Cowansville          Sport-Maska                             90

2008      Bedford                 Exeltor                              140

2010      Cowansville          Consoltex (3)                           100

2010      Cowansville          Traksport (2)                           100

2010      Cowansville          JJ Barker                               19

 

NDLR: Certaines entreprises ont licencié des employés en plusieurs phases. Les mentions (1), (2), (3) font référence à des vagues successives de mise à pied.

 

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