D’ex-travailleurs de Récupération 2000 peinent à être payés

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Par Stéphanie MacFarlane
D’ex-travailleurs de Récupération 2000 peinent à être payés
Les anciens employés de Récupération 2000 peuvent exercer certains recours prévus par la Loi. (Photo : Journal Le Guide - Stéphanie Mac Farlane)

ÉCONOMIE. D’ex-travailleurs de Récupération 2000, le centre de tri de Cowansville qui a fermé ses portes le 10 août en raison d’une faillite, ont eu de la difficulté à être payés pour leur dernière semaine de travail. S’ils ont finalement reçu leur paie, ils attendent toujours le paiement de leur indemnité de vacances.  

Un dépôt devait être fait le 23 août. Celui-ci devait contenir le salaire de la dernière semaine de travail, soit celle du 6 au 10 août. Jeudi, trois ex-employés de Récupération 2000 à qui Le Guide a parlé n’avaient pas reçu leur dû.

«On devait l’avoir à minuit [jeudi 23 août], mais je n’ai rien [dans mon compte]. Ce n’est pas parce que c’est beaucoup, mais c’est le principe», indique Jean Lamothe.

Si certains l’ont reçu vendredi, d’autres ont dû attendre jusqu’à lundi pour avoir leur dernière paie. «Je n’attends pas ça pour vivre. Cet argent-là, on ne l’a pas volé, on l’a travaillé. Ce n’était pas une job facile. On tenait à notre paie», ajoute Jacques Bois, un autre ex-travailleur de Récupération 2000.

Après avoir effectué différentes démarches, Jacques Bois a appris que sa dernière semaine de travail serait payée par le syndic à partir d’un compte en fidéicommis. Ces informations n’ont pu être confirmées par Le Guide auprès de PricewaterhouseCoopers (PWC), le syndic chargé de la faillite. «Le dossier est à la cour. On ne peut pas le commenter», indique Claudia Landry, conseillère en relations publiques chez PWC.

Toutefois, l’indemnité de vacances, communément appelée «le 4 %», fait partie de la faillite, selon les documents consultés par Le Guide (voir autre texte).

Tenus dans l’ignorance

Jacques Bois, qui conduisait un camion à chargement avant, mentionne que les travailleurs ont été tenus dans l’ignorance quant à la réelle situation de Récupération 2000. «On en a appris beaucoup dans le journal et par les ouï-dire. [La direction] laissait toujours planer l’espoir que ce serait racheté. On n’a pas eu de rencontre ou reçu de papier de la direction, dit-il. […] Elle ne le laissait pas paraître que ça n’allait pas. Si on l’avait su plus tôt, on aurait pu essayer d’arranger quelque chose. On aurait pu faire une coopérative, par exemple.»

Jacques Bois espérait grandement que la MRC Brome-Missisquoi achète les actifs de Récupération 2000, ce qui ne s’est finalement pas produit.

Malgré cela, Jacques Bois souligne que ses ex-collègues et lui-même ont oeuvré avec professionnalisme jusqu’à la fin. «On a été là jusqu’à la dernière boîte à vider. Je l’aimais ma job. Elle était utile [pour la communauté]. Ce n’est pas ce qui est le plus glorieux, mais c’est important», souligne M. Bois.

Plaintes aux normes du travail

Réal Beauregard, un autre ex-employé, mentionne avoir déposé une plainte à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST), notamment pour des heures supplémentaires impayées, mais aussi pour l’indemnité de vacances qui n’a pas été versée. Jacques Bois confirme aussi avoir porté plainte à la CNESST le 17 juillet.

«Récupération 2000 payait nos heures supplémentaires à temps simple, plutôt qu’à temps et demi. J’ai fait une plainte aux normes pour les 52 dernières semaines. Ça représente une réclamation de 94 heures. J’ai slacké mes heures supplémentaires  quand j’ai su qu’il ne les payait pas à temps et demi», poursuit M. Bois.

Il n’a pas été possible de savoir combien de plaintes avaient été déposées contre Récupération 2000 à la CNESST puisque celles-ci sont confidentielles, explique Alexandre Bougie, porte-parole de la CNESST. Toutefois, il mentionne que la faillite de Récupération 2000 ne doit pas faire en sorte de «pénaliser les employés au regard de leur droit de recevoir une indemnité liée à l’avis de licenciement collectif ou à l’avis de cessation d’emploi.»

Selon la Loi sur les normes du travail, les salaires, les commissions, les vacances, les heures supplémentaires et les jours fériés doivent être versés en vertu du contrat de travail du salarié. Certains travailleurs pourraient être éligibles au Programme de protection des salariés d’Emploi et développement social Canada. «Ce programme prévoit le versement des sommes dues impayées par l’employeur jusqu’à concurrence de 3,705,69$ pour l’année 2018», mentionne Alexandre Bougie.

Le Guide n’a pas été en mesure de joindre Nicolas Therrien, le directeur général de Récupération 2000 et actionnaire de Gestion environnementale R2000, propriétaire de Récupération 2000, ni François Fauteux, le président de Gestion environnementale R2000.

Un déficit de 4,3 M$ chez Récupération 2000

Selon le bilan de faillite d’entreprise déposée par Récupération 2000, la compagnie termine ses activités avec un déficit évalué à 4 297 490,83 $. D’après le document consulté par Le Guide, les actifs de Récupération 2000 sont évalués à 2 640 558,38 $. Ce montant comprend l’estimation des créances qui peuvent être réalisées (357 558,38 $), les machineries, l’outillage et les installations (450 000 $), les véhicules (783 000 $) et les autres biens (1 050 000 $). Or, les dettes s’élèvent à 6 938 049,21 $. Parmi la liste des créanciers mise à jour, le montant des vacances des employés à payer est estimé à 10 000 $. Récupération 2000 doit aussi 5,6 M$ à la Banque Nationale du Canada, 850 000 $ à la Banque du développement du Canada et 116 616,27 $ à la Régie intermunicipale de gestion des matières résiduelles de Brome-Missisquoi.

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