Farnham est-elle à l’abri?

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Par Claude Hebert
Farnham est-elle à l’abri?
Les autorités municipales de Farnham estiment que la cour de triage du MMA devrait quitter le centre-ville pour être relocalisée à la sortie de la ville

L’accident ferroviaire de Lac-Mégantic a frappé l’imagination et suscite beaucoup de questions au sein de la population. Les autorités municipales de la région ont également amorcé une réflexion et exigeront sans doute des réponses.

Le maire Josef Hüsler, de Farnham, estime que la sécurité n’est pas une priorité pour les compagnies ferroviaires et que le réseau laisse souvent à désirer.

«Quand on décèle des moisissures dans une école, on met la clé dans la porte et quand on a des doutes sur la qualité d’un morceau de viande, on le retire du marché. À voir le piètre état de la voie ferrée dans notre région, il est à se demander si certains tronçons ne devraient pas être fermés en attendant qu’on les répare. Les dormants sont pourris en mains endroits et on peut retirer les clous qui retiennent les rails, sans aucune difficulté, avec l’aide de deux doigts», indique le maire Hüsler, d’un air découragé.

Ce dernier refuse cependant de blâmer les employés des compagnies ferroviaires et laisse entendre qu’ils font leur travail, avec les moyens dont ils disposent.

Le maire de Farnham soutient par ailleurs que les doléances des autorités municipales ne sont pas prises en compte par les entreprises privées concernées, pas plus que par les paliers de gouvernement supérieurs.

«Nous avons proposé, voilà six ou sept ans, de déplacer la cour de triage de Farnham en périphérie de la ville, à l’ouest du camp militaire et de l’école de parachutisme. Les personnes en autorité dans le privé et dans le public nous ont répondu qu’elles n’avaient pas d’argent pour effectuer un tel changement», prend soin de rappeler M.Hüsler.

Le maire ajoute que les demandes répétées de la Ville de Farnham au ministère des Transports pour l’aménagement d’un tunnel sous la route 104 sont restées lettre morte.

«Il est important pour les services d’urgence de pouvoir traverser la 104 en tout temps. Or, il leur est impossible de le faire lorsqu’un convoi bloque les traverses de chemin de fer d’un bout à l’autre de la municipalité.

Des risques d’explosion

Le directeur du service de protection incendie de Farnham, Sylvain Morneau, qui a suivi avec intérêt les événements des derniers jours, laisse entendre que les risques d’explosion sont bien réels lorsqu’un réservoir sous pression entre en contact avec une source de chaleur.

Ce dernier précise que les pompiers reçoivent une formation sur les risques liés à la présence de matières dangereuses (gaz propane, gaz naturel, pétrole brut, ammoniac, etc.) dans les convois ferroviaires. Les pompiers ont également accès en tout temps au Guide des mesures d’urgence de Transport Canada.

«On y trouve la fiche descriptive des matières dangereuses et les procédures à suivre pour lutter contre un déversement ou un début d’incendie. Le manuel fournit également des indications sur la zone d’évacuation à respecter en cas de sinistre. C’est un peu notre bible», précise M.Morneau.

Les brigades d’incendie doivent par ailleurs respecter un protocole bien établi pour lutter contre les risques associés aux matières dangereuses.

«Il s’agit du protocole I-A-I-A-I : isoler, approcher, identifier, analyser et intervenir», rappelle-t-il

Le directeur de la brigade de Farnham laisse entendre que son service a une bonne idée des matières dangereuses qui transitent par le réseau ferroviaire, mais ignore la quantité en présence dans tel ou tel convoi.

«Dans les entreprises manufacturières, la liste des produits dangereux est relativement stable. La situation est bien différente avec un train, car le contenu des wagons change d’un convoi à l’autre», explique-t-il.

M.Morneau, qui habite lui-même en bordure de la voie ferrée au centre-ville de Farnham, admet que les wagons citernes et autre types de wagons sont de plus en plus nombreux sur le réseau.

«Je ne m’inquiète pas outre mesure, car les trains ont toujours fait partie du décor», ajoute ce pompier d’expérience qui compte 19 ans d’expérience au sein du service de protection incendie de Farnham.

Sylvain Morneau prend soin de rappeler que les membres de son service ont reçu une formation spécialisée sur les matières dangereuses, le mois dernier. Cette formation était offerte par la compagnie ferroviaire Montreal, Maine & Atlantic (MMA) à la demande de la brigade de Farnham.

Beaucoup de questions

Un ancien employé du Canadien Pacifique, rencontré par lAvenirEtDesRivieres.com, confirme le piètre état du réseau ferroviaire. Selon lui, le rail serait est en bon état sur une partie partie du réseau, mais les dormants de bois qui soutiennent ce même rail datent de plusieurs années et auraient bien besoin d’être remplacés.

Ce travailleur comprend mal pourquoi la compagnie MMA gare les wagons citernes de matières dangereuses au centre-ville alors qu’elle dispose d’une voie d’évitement à proximité du camp militaire (sortie ouest de Farnham) et d’une autre du côté de Brookport (sortie est de la ville).

L’homme signale par ailleurs que les trains sont généralement munis de multiples systèmes de freinage et dit avoir de la difficulté à croire qu’une défectuosité technique puisse être à l’origine du sinistre. Il croit plutôt à une erreur humaine. L’enquête du Bureau de la sécurité des transports permettra de valider ou d’invalider cette hypothèse.

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