La «petite Suisse» du Québec vibre en région

Ils sont plus de 6000 Suisses – dont au moins le tiers en Estrie et en Montérégie – à avoir quitté leur pays enchanteur pour choisir le Québec, une terre accueillante et remplie de promesses. Même si elles ne se mesurent pas aux sommets du Jura, les montagnes de la région se dressent en souvenirs pour la communauté helvétique de Brome-Missisquoi. À quelques jours de la plus importante fête helvétique à l’extérieur du pays, qui se tient à Sutton, JournalLeGuide.com dresse le portrait d’une communauté aussi fière de ses racines que de son pays d’accueil. 

Sutton est un des endroits où les Suisses sont les plus nombreux au Québec. Plusieurs familles ont choisi la région pour ses fermes et y ont recréé avec le temps une «petite Suisse».

En 1938, Paul et Margaret Schweizer ont tracé la voie en acquérant une ferme de 150 acres pour 3000 $, à Sutton, des mains du Canadien Pacifique. Un incendie a toutefois dramatiquement changé leur vie dix ans plus tard.

Ils ont donc décidé, comme plusieurs autres Suisses québécois, de quitter l’agriculture et de se lancer dans une nouvelle aventure. L’Auberge Schweizer, longtemps dirigée par Walter Canzani et Pauline Schweizer – et vendue l’an dernier à Yves Rajotte -, demeure un bastion touristique fort couru, où l’hospitalité helvétique et les couchers de soleil enchantent les visiteurs.

«Sutton nous rappelle les montagnes du Jura Suisse. Le décor est magnifique et les gens sont très accueillants. D’ailleurs, lors de l’incendie de la ferme, plusieurs citoyens nous ont soutenus avec cœur», soutient Pauline Schweizer, qui parle l’allemand, l’anglais et le français.

La famille est d’ailleurs toujours impliquée de près dans la coquette auberge. Heidi Schweizer, la sœur de Pauline, est la gérante de l’établissement.

«Nous proposons des plats typiquement suisses, dont le Geschnetzeltes, du veau tendre accompagné de vin blanc et d’une sauce savoureuse. La culture de notre pays est très présente et il y a même des ateliers de peinture. Les paysages qui entourent l’auberge ont de quoi inspirer les artistes», dit-elle en souriant.

Jean-Paul Cuenoud, qui a contribué à l’essor du Saucisson Vaudois par la qualité des saucisses provenant de sa ferme, à Ste-Brigide-d’Iberville, est un autre bel exemple de la cohabitation entre les Suisses et les Québécois. Il a fait équipe avec  Pierre Picard, qui a fondé en 1976 la Boucherie Ste-Brigide.

«Je m’ennuyais des saucisses de ma Suisse natale. J’ai donc suggéré à M. Picard d’en fabriquer pour son commerce, qui a changé de nom en 2000», mentionne-t-il.

M. Cuenoud, un nationaliste convaincu né à Aigle, dans le Canton de Vaud, a également choisi le Québec, en 1948, pour son potentiel agricole. Encore aujourd’hui, plusieurs familles suisses demeurent dans le secteur de Farnham.

«J’ai quitté un poste de député pour m’installer au Québec, en compagnie de ma femme Pierrette et de nos fils. Je ne le regrette pas du tout, car épanouissement. C’est comme une grande famille», dit-il avec émotion.

La famille Francey a également fait sa place dans les Cantons-de-l’Est. Claudine Francey, une ancienne enseignante – qui a également œuvré dans une sucrerie – vit à Sutton depuis 1949. Et elle y a trouvé le bonheur.

«Mon défunt conjoint Marc, également professeur, adorait les montagnes de la région, ce qui l’a convaincu à choisir Sutton.  Nous avons trouvé ici beaucoup de ressemblances avec Lausanne et la Suisse romande, notre lieu d’origine», indique-t-elle.

Mme Francey se dit d’ailleurs ravie de constater que la Fête suisse de Sutton – qui aura lieu ce samedi 28 juillet – prend de l’ampleur.

«De plus en plus de Québécois d’origine se joignent aux festivités et partagent ces beaux moments avec nous. Je m’y implique d’ailleurs en tant que membre d’une chorale. Il y a une belle fraternité entre nos deux peuples», dit-elle.

Raphaël Delacombaz, résident d’Abercorn et président de la Fédération des Sociétés suisses de l’Est du Canada, abonde dans le même sens.

«C’est au mont Sutton qu’on retrouve la plus importante célébration de la fête suisse à l’étranger. On retrouve sur le site beaucoup de fierté et une belle célébration de nos traditions», allègue-t-il.

M. Delacombaz fait remarquer que la Suisse compte quatre cultures bien définies, avec quatre langues officielles (allemand, français, italien et romanche), ce qui ajoute au caractère unique de ce pays.

«Les Suisses allemands, par exemple, sont plus réservés et timides, bien que chaleureux lorsqu’on les connaît bien. De leur côté, ceux d’origine francophone sont plus latins et ont l’esprit de fête. Mais tous partagent la même joie d’être Suisses. Ce que je souhaite, par contre, c’est que nos jeunes prennent la relève afin que notre communauté demeure aussi dynamique au Québec», conclut-il.

Les activités de la Fête suisse se tiendront vendredi au cœur de Sutton, puis le lendemain au Mont Sutton dès 8h du matin. Information : 450 538-8455, www.fedesuisse.com ou au bureau touristique de Sutton.

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