Opération «Nuit blanche» à Bromont

Alcool au volant, bagarres, consommation de drogue, vols d’équipement, blessures par dizaines. Si les planchistes et skieurs profitent de quelques heures de plus lors des Nuits blanches organisées par Ski Bromont, d’autres amateurs de glisse en profitent pour jouer les trouble-fêtes. Conscient du caractère particulier de ces soirées, le Service de police de la Ville de Bromont planifie des opérations de surveillance particulières, a constaté l’Express samedi soir dernier, en participant aux opérations.

 

23h30. Le quart de travail débute par un «briefing» dans la salle de réunion où la photo de l’agent Vincent Roy, mort en service en décembre dernier, trône près de la porte. Réunis autour de la table, quatre policiers écoutent les ordres du sergent Sylvain D’amour.

 

Leur mission pour ce soir? Patrouiller en véhicule et à pied dans les stationnements, les chalets, près des supports à skis et dans les bars afin de prévenir la criminalité. Une autre équipe est affectée, avec des policiers de la Sûreté du Québec, à un barrage routier pour prévenir l’alcool au volant, près de l’autoroute 10 Ouest. Cette opération permettra de vérifier 300 véhicules en une heure et aucune arrestation n’a été effectuée.

 

Avec un mercure frôlant les -19 degrés Celsius, les esprits ne s’échauffent pas et dans le stationnement, c’est le calme plat.
Bons nombres d’adeptes des pistes ont déjà quitté. «Les Nuits blanches ne marchent plus comme dans le temps. Avant, les stationnements étaient pleins», lance Line Riendeau, policière à Bromont et notre conductrice pour l’occasion.

 

Batailles à répétition et skieurs saouls, la policière qui patrouille à Bromont depuis 18 ans en a vu des échauffourées lors de ces nuits spéciales. «Aujourd’hui, on voit moins d’alcool. Les jeunes fument du pot à la place», dit-elle. Au moindre attroupement dans les stationnements, les policiers baissent leur fenêtre et hument l’air en passant tranquillement près des jeunes.

 

1h20. L’autopatrouille s’immobilise près d’un Cadillac Escalade. Au même moment, deux hommes jettent subitement des cannettes de bière dans la poubelle située à proximité. Les policiers débarquent. Les deux individus âgés dans la trentaine s’en sauvent avec un avertissement. D

 

ans le bar La Débarque, près de 150 personnes s’y trouvent et aucun spécial alléchant sur l’alcool n’y est affiché. Si les patrouilleurs sur les pentes veillent à ce que les skieurs soient aptes à descendre, Patrick, un agent de sécurité affecté à la surveillance du bar, précise que la Nuit blanche de samedi est «une soirée ordinaire». «Il y a un peu moins de monde qu’avant. Les gens sont là pour l’après-ski», dit-il. Il ne cache pas que la veille du jour de l’an, la semaine de relâche et le «beach party» attirent davantage d’adeptes des pistes.

 

Des blessés à la tonne
Quotidiennement, des ambulances quittent Ski Bromont avec des skieurs et des planchistes à bord. «Vendredi, il y a eu quatre demandes d’ambulance en deux heures», dit Line Riendeau, en rentrant dans le stationnement P-5.

00h15. Au même moment, une ambulance est sur place, et s’apprête à quitter avec un patient entièrement immobilisé sur la civière. «Sûrement une commotion», avance la policière. Cette dernière soutient qu’encore beaucoup de personnes ne portent pas de casque sur les pentes. «Certains tombent et leur casque se fend en deux, ajoute Dave Cusson-Collard, le partenaire de patrouille de l’agente Riendeau. Je parlais à un secouriste récemment et il me disait qu’une fille, qui n’avait pas de casque, est tombée et a perdu la vue pendant 15 minutes.»

 

Un autre blessé fait son entrée à l’infirmerie du Versant du lac, rue Huntingdon. Le skieur d’une vingtaine d’années, qui semble parfaitement à jeun, a le souffle coupé et des douleurs au dos. Tandis qu’une personne lui immobilise la tête avec ses mains, la jeune fille qui l’accompagne raconte que les pistes sont complètement glacées.

 

«C’est mon quatrième en quatre heures. À BMP, ça doit être une file d’attente Ski Bromont.com», ajoute le secouriste en poste.

 

«Police, la matrix»
Entre deux patrouilles de stationnement, les policiers surveillent les abords des supports à équipement où les cadenas brillent par leur absence. Soudainement, l’agente Riendeau pivote et fait signe à son partenaire. Ils partent en filature. Le suspect rôdant près des équipements laissés sans surveillance  ne portait pas de vêtements de ski, c’est ce qui a alerté la policière. Après les vérifications d’usage, le duo repart en patrouille.

 

Les policiers ne sont pas toujours les bienvenus, particulièrement lors de leurs visites à l’intérieur du chalet principal, de l’Entracte ou du bistro-bar la Débarque. Les regards se tournent systématiquement vers eux. Des «police la matrix» sont lancés ici et là, mais les insultes ne semblent pas atteindre les agents. «S’il fallait que l’on commence à s’en faire, on n’aurait pas fini! On fait plutôt un petit sourire», dit le policier Cusson-Collard, la dernière recrue du Service de police de Bromont.

 

L’alcool sur les pistes
Les Nuits blanches existent depuis 1980 et le PDG de Ski Bromont, Charles Désourdy, ne cache pas que la formule a évolué au fil des ans. Depuis les dix dernières années, huit soirées thématiques d’animation sont organisées. «Ça vise deux types de clientèle, la festive dans le bar jusqu’à 3 heures du matin, et les skieurs où là on regroupe pas mal de jeunes», explique-t-il.

 

Questionné sur le mélange d’alcool et de ski, le patron de la montagne fait un parallèle avec l’alcool au volant. «C’est interdit sur les pistes. Je pense qu’on fait un bon contrôle là-dessus. On a des gens qui surveillent les gens qui ne sont pas en bon état aux remontées. C’est un contact visuel, c’est encore mieux que la police parce qu’elle va t’arrêter dans des barrages. Dans notre cas, il y a des surveillants dans les lignes de remontées. À ma connaissance, je n’ai eu aucun fait de personne dans la montagne qui a causé des accidents à cause de l’alcool.»

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