Près de 200 travailleurs de la santé agressés

Crachat, morsures, tapes, insultes, coups de poing et coups de pieds… Un mois après qu’un médecin eut été sauvagement agressé par un patient dans une clinique de Bedford, des données obtenues par GranbyExpress.com révèlent que les travailleurs de la santé de la région sont quotidiennement victimes d’agressions physiques et verbales.

Des 118 agressions recensées au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Haute-Yamaska entre le 1er avril 2011 et le 31 mars dernier, huit cas ont menés à un arrêt de travail. Seulement une agression s’est produite à l’urgence, tandis que quatre événements sont survenus en psychiatrie. «Par agression, on entend cracher, pincer, mordre, taper, frapper», explique Sylvie Breton, chef du Service de santé au CSSSHY.

Du côté de Brome-Missisquoi, 60 «possibilités d’agression» ont été recensés au CSSS La Pommeraie, entre le 1er avril 2011 et le 31 mars 2012. Un des incidents a mené à un arrêt de travail. Selon Claudette Benoit, conseillère à la qualité des services, la majorité des cas se sont produits dans les CLSC et envers les employés du soutien à domicile.

104 agressions dans les centres d’hébergement

Au moindre incident, les employés du CSSSHY remplissent un formulaire accident/incident. Étonnamment, 104 agressions ont été perpétrées dans les centres d’hébergement au cours de la dernière année. «La majorité des documents sont remplis en hébergement. C’est une clientèle très lourde où il y a beaucoup de problèmes cognitifs reliés aux AVC, à la démence et à la dégénérescence cérébrale», enchaîne Mme Breton.

Afin d’illustrer ses propos, la chef du Service de santé raconte qu’une employée, qui était accroupie devant une personne âgée pour lui mettre ses pantoufles, a reçu un coup pied qui l’a propulsé dans une armoire acculée au mur. «Elle a été blessée au dos. L’employée disait que la personne âgée était toute calme pourtant.»

Sylvie Breton raconte aussi qu’à un autre moment, une dame âgée était agressive envers tous les membres du personnel soignant habillés avec des vêtements colorés. «Elle était gentille avec celle qui était habillée en blanc. Dans sa mentalité, les infirmières sont vêtues de blanc, avec une coiffe. Comme les autres étaient habillées en couleur, elle se sentait agressée par des gens de l’extérieur et criait.»

Formation et prévention

Pour prévenir les agressions envers son personnel, le CSSSHY forme ses employés afin qu’ils soient habilités à interagir avec une clientèle susceptible d’être problématique. L’ergonomie de travail dans les établissements est actuellement revue afin d’identifier les postes à risque d’agressions.

«On fait la démarche pour identifier où sont les risques, quels sont-ils et comment intervenir, continue Sylvie Breton. On est pas mal dans ceux qui sont les plus proactifs en la matière.»

Des propos qui sont corroborés par le syndicat de l’établissement. «La direction ne tolère pas ce type de comportements là. C’est certain que l’employé doit dire au patient qu’il n’accepte pas ce type de comportements et qu’il doit changer. Il y a une politique de non-violence dans l’établissement. Ça donne un levier au personnel pour faire valoir leurs droits», dit Sophie Séguin, présidente de la section Haute-Yamaska de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Coups de pieds, coups de poing

À la clinique médicale de Bedford, le 3 mai dernier, une consultation médicale a viré au drame lorsque le Dr Jean-Simon Bouchard, 68 ans, a été roué de coups au visage par un patient au point d’en perdre conscience.

Ce sont les cris des secrétaires qui ont arrêté l’agresseur. Le patient, un homme de 37 ans de Pike River, a pris la fuite avant d’être arrêté quelques heures après l’agression.

Son collègue, le Dr Bernard Raymond, a raconté, quelques jours après l’agression, qu’il s’agissait de la première fois en 37 ans de pratique, qu’il voyait pareille agression à Bedford. Selon lui toutefois, les travailleurs de la santé sont exposés plus souvent qu’autrefois. «Les médecins sont gestionnaires de dossiers d’assurances, de travail et les gens ne sont pas toujours contents des résultats. Il y a aussi les délais de service tant à l’urgence qu’en clinique et l’utilisation de drogues», disait-il.

Infirmière à l’urgence de l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins, Carole Guillette a déjà été agressée par des patients. «Ça m’est déjà arrivé. On travaille à l’urgence. Les patients sont parfois saouls. Ils disent qu’ils vont te tuer. Ça fait partie de la job. Je sais qu’on banalise ça, mais ça arrive qu’on mange des coups de poing et des coups de pieds», dit celle qui est aussi présidente de la section locale de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui représente les infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes. Cette dernière soutient qu’il est difficile de quantifier ces agressions. «On est rendu qu’on ne les compte plus. C’est banal. On se dit qu’ils sont malades, que ce n’est pas de leur faute. Je sais que ce n’est pas acceptable», dit-elle.

Carole Guillette souhaiterait que les 425 travailleurs de la santé que son syndicat représente puissent avoir un meilleur support de l’hôpital BMP. «Le débriefing n’existe pas. On s’en parle entre nous, mais il n’y a pas personne de professionnel qui va venir nous aider. On nous dit que ça existe, mais du lundi au vendredi de 8h à 16h. Mais la nuit, le soir, les fins de semaine, ça n’existe pas. Ça fait longtemps qu’on revendique ça», ajoute-t-elle.

La directrice adjointe du CSSS La Pommeraie et directrice des soins infirmiers, Lise Montagne, précise dans un premier temps que la violence envers les travailleurs de la santé représente des cas isolés. «Ce n’est pas une problématique qui se démarque», indique-t-elle.

Confrontée aux propos du syndicat, Mme Montagne ajoute qu’il y a «un mécanisme de déclarations d’incidents avec un suivi cas par cas. Se faire prendre par un bras, ce n’est pas toujours déclaré. Il y a une politique interne pour contrer la violence. On est sensible à ça, mais est-ce régulier? Je ne suis pas capable de le dire.»

Tabou, la violence verbale?

Tant du côté de La Pommeraie ou de la Haute-Yamaska, que des directions et des syndicats, tous s’entendent pour dire que la violence verbale envers les travailleurs de la santé est sous-déclarée. «Ils vont se dire que c’est normal», dit Sylvie Breton.

«On se dit que ce sont de bonnes personnes. On se dit que c’est la situation. Je pense que ça aide à se détacher», ajoute Carole Guillette.

 

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