Un ex-chef de police de Granby honoré… 84 ans plus tard !

Plus de 84 ans après être mort en service, le nom d’un ancien directeur du corps de police et de pompiers de Granby a été inscrit sur le cénotaphe de l’École nationale de police du Québec (ENPQ), la semaine dernière. Une vieille découpure de journaux trouvée par hasard par un passionné du monde policier a permis d’honorer la mémoire de John Gannon, décédé en service le 4 mars 1928.

 

Pierre Brabant, un citoyen de Laval, passionné par l’histoire de la police, était loin de se douter qu’une simple recherche pour retrouver une photographie dans les archives d’Allo Police et de Photo Police, en 2005, allait l’amener à Nicolet. «Je suis tombé sur un article des années 50 qui parlait de l’histoire du Service de police de Granby. On faisait mention de John Gannon. Ça m’avait marqué. Granby, c’est un coin que j’affectionne», explique-t-il.

 

À ce moment, le cénotaphe de l’ENPQ n’existait pas. Ce n’est qu’en 2007 que la première cérémonie de reconnaissance policière a été organisée à l’ENPQ. «Ma première présence personnelle a été en 2008. Au fil du temps, je voyais les noms des policiers qui me rappelaient des événements et un jour, le lien s’est fait avec l’information que j’avais. En regardant sur les pierres et les listes informatisées, je me suis dit qu’il manquait Granby», dit Pierre Brabant.

 

Celui qui est inspecteur à la Ville de Repentigny s’est renseigné sur les types de «mort» qui rendaient éligibles les policiers à la commémoration. «On m’a appris qu’il suffisait qu’il soit mort en devoir. J’ai fait le lien avec Granby au début 2011», dit-il. C’est à ce moment qu’il a communiqué avec la Section de la prévention et des relations communautaires du Service de police de Granby.

 

Après maintes recherches, les policiers de Granby ont pu confirmer que le directeur John Gannon avait effectivement perdu la vie le 4 mars 1928, à l’angle des rues Principales et Johnson. Il a eu un accident de la route en répondant à une fausse alarme incendie. «J’ai eu une réaction de joie. D’un sens, une réaction de joie parce que l’information était validée par les autorités et une réaction de joie personnelle parce que le policier qui décède en devoir, peu importe le rang, les époques, il a fait l’ultime sacrifice. De savoir que M. Gannon a eu droit aux mêmes honneurs que tous les autres policiers, c’est une grande satisfaction», explique M. Brabant. À ce moment, le Service de police a lancé un avis de recherche dans les médias en mars dernier afin de retracer la famille de John Gannon.

 

Le Service de police de Granby a aussi cherché à savoir pourquoi John Gannon n’avait jamais été honoré, mais en vain.

 

La rencontre
Le 14 mai dernier, le Service de police de Granby a pu commémorer la perte du 8e directeur de son histoire en inscrivant le nom de John Gannon aux cénotaphes de l’ENPQ. «Ça vient me sensibiliser qu’on a toute une histoire derrière nous. Le Service a été fondé le 3 mai 1880. C’est dommage que sa mort soit soulignée si tard», dit l’actuel directeur des policiers de Granby, Marco Beauregard. Ce dernier, tout comme Pierre Brabant, a pu faire connaissance avec la famille Gannon, peu avant la cérémonie.

 

«De rencontrer les quatre descendants, dont la bru de M. Gannon, j’avoue que j’ai été grandement ému. Ce sont de chics personnes, elles m’ont remercié énormément. On m’a parlé en bien de monsieur Gannon», confie Pierre Brabant.

 

La petite-fille de John Gannon, Louise, a assisté à la cérémonie en compagnie de son conjoint François Lescop, de sa sœur Frances et de la bru du directeur Gannon, Thérèse Gannon, âgée de 95 ans. «C’est extraordinaire qu’il ait été là pour pouvoir le remercier. C’est inouï de pouvoir vivre une journée comme ça», avoue Louise Gannon.

 

«On savait qu’il était mort de la sorte. Est-ce par pudeur qu’on ne lui a pas fait cet honneur? Je n’en ai aucune idée! Nous n’avons pas oublié, mais on ne s’attendait à rien», expliquait en mars dernier, la résidente d’Eastman.

 

Si Louise Gannon n’a pas connu son grand-père, la dame de 62 ans a beaucoup entendu parler de lui, notamment par sa grand-mère, qui n’a pas refait sa vie après la mort de son mari. «C’était l’homme de sa vie. C’était un homme bon. De ce que j’ai entendu, c’était une personne ouverte aux autres, confie-t-elle. Ma mère me disait qu’à l’époque, les chefs de police vivaient à l’hôtel de ville et lui, il amenait les itinérants. Ils passaient la nuit là et le matin, ma grand-mère leur faisait à déjeuner. Pour lui, il n’y avait pas de hiérarchie», relate la petite-fille de John Gannon.

 

En 1999, la Ville de Granby avait d’ailleurs baptisé la rue Gannon en mémoire de cet ex-chef de police.

 

John Gannon est mort en service le 4 mars 1928. Plus de 84 ans après sa mort, sa mémoire est enfin honorée à l’École nationale de police à Nicolet.
 

 

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