750 ratons laveurs capturés, vaccinés et relâchés
INTERVENTION. L’explosion des cas de rage du raton laveur dans le sud de la Montérégie a mené les autorités à réaliser une opération de capture et de vaccination sur la Rive-Sud, notamment. Le Canada Français a pu observer récemment le déroulement d’une de ces opérations en compagnie d’une équipe spécialisée.
À Saint-Mathieu-de-Beloeil, Marianne Gagnier, coordonnatrice provinciale de la surveillance et du contrôle de la rage, et une équipe spécialisée du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) vérifiaient les cages placées dans le secteur. Deux ratons laveurs avaient été capturés pendant la journée, selon l’équipe, et celle-ci attendait l’arrivée du journal pour s’en occuper.
Vingt-cinq équipes de deux personnes sont en action en Montérégie du 8 au 23 juin dans le cadre d’une opération de type « capturer-vacciner-relâcher ». Le territoire couvert par l’opération formera une sorte de croissant autour de la couronne sud de Montréal, allant de Saint-Antoine-sur-Richelieu au nord à Saint-Constant au sud, en passant par la pointe nord-est de Saint-Jean-sur-Richelieu, dans le secteur des Roulottes Rémillard. Chaque équipe couvrira une zone de 10 à 30 km2, pour un total de 750 km2 dans l’ensemble, et vaccinera le plus grand nombre possible de ratons laveurs et de mouffettes.
L’objectif ? Créer une immunité collective contre la rage du raton laveur avant que l’épidémie, qui gagne du terrain en Montérégie, ne se rende dans le secteur densément peuplé de la banlieue de Montréal. En date du 15 juin, 750 ratons avaient déjà été vaccinés, selon Marianne Gagnier. La biologiste espère vacciner environ 50 % de la population totale de ratons laveurs.
Capturer, vacciner, relâcher
Yannick Bilodeau, un biologiste spécialisé en trappage, et Jeanne St-Germain, une étudiante en médecine vétérinaire, sont le binôme assigné à McMasterville et à une partie de Saint-Mathieu-de-Beloeil. Ils ont la tâche de capturer le plus grand nombre possible de ratons laveurs. Ils utilisent une soixantaine de cages qu’ils déplacent de manière optimale sur le territoire qui leur est assigné.
Lundi, l’équipe nous emmène dans un secteur qu’elle épluche depuis quelques jours. Deux ratons, dont un déjà vacciné et une nouvelle prise, ont été attrapés dans les cages munies d’un leurre.
Le raton laveur déjà vacciné est reconnaissable à la boucle qu’il porte à l’oreille. Avant de le relâcher, Yannick et Jeanne contentionnent le raton, c’est-à-dire qu’ils le poussent doucement au fond de sa cage pour l’immobiliser, et prennent en note le numéro inscrit sur sa boucle d’oreille. L’animal reste assez calme : il sait que la cage ne lui fera pas mal, explique Jeanne. Le raton laveur se fait relâcher et déguerpit vers le tuyau le plus proche.
Une dizaine de mètres plus loin dans le sous-bois se trouve la cage contenant le deuxième raton. Yannick Bilodeau va la chercher et l’apporte dans le chemin pour faciliter la manipulation. C’est une femelle, nous avertit-il, et celles-ci sont souvent plus agressives. Comme de fait, elle essaie d’attraper les doigts de celui qui transporte sa cage.
Une fois contentionnée, les pattes bien placées vers le haut de la cage, la femelle reçoit sa propre bague d’identification à l’oreille. L’étudiante en médecine vétérinaire teste différentes sections de la cuisse du raton laveur avant de lui faire une piqûre sur le muscle. Elle marque la zone d’injection avec de la peinture rouge en vaporisateur, qui restera visible quelques jours.
Une fois les ratons libérés, l’équipe remet les cages en place, ajoutant des guimauves comme appâts. Ils reviendront le lendemain pour refaire le processus. Ils placeront les cages dans ce même secteur jusqu’à ce que leurs prises soient surtout des ratons déjà vaccinés, puis recommenceront dans un nouveau noyau, ailleurs sur leur territoire.
Une nouvelle tactique
Malgré les opérations d’épandage d’appâts vaccinaux réalisées dans les dernières années, dont la plus récente a été en avril 2026, l’épidémie de rage du raton laveur continue de se propager dans le sud du Québec. En 2026, 76 cas de rage du raton laveur ont été répertoriés jusqu’à maintenant. Ils s’ajoutent aux 93 cas confirmés de 2025.
Il était temps d’intervenir de manière plus directe, estime Marianne Gagnier. L’interdiction de déplacement des animaux sauvages en vigueur en Montérégie et en Estrie depuis plus d’un an reste méconnue de plusieurs, ce qui contribue à la propagation de la maladie.
« Si la rage atteignait Montréal, par exemple, les coûts exploseraient en soins de santé parce qu’il y aurait le potentiel de beaucoup plus de gens exposés. Ça a des coûts, la vaccination, la prise en charge des gens », illustre la coordonnatrice provinciale. La rage est une maladie mortelle pour les animaux comme pour les humains lorsque les symptômes apparaissent. Aucun cas de rage n’a été détecté chez les humains depuis le début de l’épidémie.
