Le Cégep de Granby à contre-courant avec l’IA

ÉDUCATION. Les inscriptions dans les techniques de l’informatique sont en baisse dans plusieurs cégeps de la province. Si l’essor des outils d’intelligence artificielle (IA) est évoqué parmi les facteurs qui refroidissent certains jeunes, le Cégep de Granby fait figure d’exception: les inscriptions à ce programme y ont bondi de 59 % en cinq ans.

Selon les données fournies par l’établissement, le nombre d’inscriptions est passé de 75 à l’automne 2021 à 84 en 2022, puis à 95 en 2023.

La hausse la plus importante est survenue à l’automne 2024, alors que le programme a enregistré 139 inscriptions. Un record dans l’histoire de ce programme au Cégep de Granby, a pu confirmer le directeur général (DG), Vincent Larose.

Une légère baisse a toutefois été observée l’année suivante en reculant à 119. M. Larose prévoit un portrait stable pour l’automne 2026.

“La tendance qui est constatée par le Service régional d’admission au collégial de Québec (SRACQ) et au Service régional d’admission au collégial du Montréal métropolitain (SRAM), on ne l’a pas ressenti chez nous. On n’a pas d’indice qui pointe dans cette direction dans les années à venir”, a-t-il indiqué.

Le DG du Cégep de Granby attribue cette hausse à la démographie croissante du collège. “On a atteint des sommets historiques dans les deux dernières années [plus de 2 000]. L’ensemble des programmes techniques sont en hausse. Cependant, celui d’informatique a monté un peu plus rapidement que les autres. Le marché de l’emploi est fertile pour les étudiants de cette technique présentement. […] Il y a plus de demandes d’emploi que de diplômés.”

La technique d’informatique a vécu plusieurs innovations à travers le temps, que ce soit la création d’Internet ou les nouveaux appareils technologiques [dont le cellulaire et les tablettes électroniques]. Chaque fois, ça s’est bien passé et on n’a jamais arrêté le programme.

– Marie-Janou Lusignan, directrice adjointe à la direction des études au Cégep de Granby

L’apprivoiser

Au Cégep de Granby, l’IA n’est pas considérée comme un ennemi dans ce programme. Elle est plutôt intégrée aux apprentissages afin que les étudiants apprennent à en exploiter le plein potentiel et à formuler les requêtes nécessaires pour obtenir des réponses logiques et pertinentes, à condition de maîtriser les notions de base de l’informatique. Cette initiative est laissée au soin du corps professoral.

L’établissement collégial s’est inspiré du système de balises pédagogiques des outils d’intelligence artificielle générative de l’Université de Sherbrooke (UdeS) pour encadrer son usage. Quatre pastilles de couleur sont appliquées au niveau d’utilisation: verte (libre et encouragée), jaune (le travail principal doit être fait par l’étudiant, mais permis pour du remue-méninge, de la correction), orange (exceptionnelle ou restreinte, sous approbation de l’enseignant) et rouge (formellement interdite).

“L’intelligence artificielle ne remplacera jamais l’intelligence humaine. On veut que l’étudiant soit capable d’utiliser son jugement critique. […] La technique d’informatique a vécu plusieurs innovations à travers le temps, que ce soit la création d’Internet ou les nouveaux appareils technologiques [dont le cellulaire et les tablettes électroniques]. Chaque fois, ça s’est bien passé et on n’a jamais arrêté le programme. Il y a des choses que l’IA n’est pas en mesure de faire que l’humain est capable d’exécuter”, a expliqué la directrice adjointe à la direction des études, Marie-Janou Lusignan.

Moderniser

Le cursus scolaire du programme n’a pas été revu depuis 2018. Vincent Larose plaide pour qu’il soit actualisé le plus rapidement possible pour y intégrer des notions d’apprentissage liées à l’IA de façon officielle.

“Je pense que si on est conscients des risques, on travaille dans le bon sens à ce moment-là. Il ne faut pas juste la [l’intelligence artificielle] voir comme une préoccupation, mais aussi comme un point d’intérêt, une opportunité”, a souligné la directrice des études, Valérie Lefebvre.