Le SEHY favorable à éliminer la sélection des élèves
ÉDUCATION. La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) n’est plus seule à préconiser l’abolition de la sélection des élèves dans des projets pédagogiques particuliers (PPP). Le Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY) est aussi favorable, déplorant notamment trop d’inégalités, voire une « ségrégation » envers les jeunes moins bien nantis.
Tout d’abord, petite mise en contexte : que sont des projets pédagogiques particuliers ? On parle ici de programmes d’enrichissement offerts par une école pour répondre aux intérêts des élèves au-delà du cursus régulier et les horaires seront bien différents de celui-ci. Le Programme d’éducation intermédiaire (PEI) et le sport-études en sont des exemples notables.
Cependant, les cours à option ne représentent pas un parcours d’étude complet ajustable. Ce sont plutôt des matières isolées, des cours individuels que les étudiants choisissent pour compléter leur programme d’études.
« Le problème qu’on a en ce moment, c’est qu’on a plusieurs jeunes qui voudraient participer à ces programmes-là, mais qui ne peuvent pas, a affirmé la présidente du SEHY, Sophie Veilleux. Donc, soit à cause de leurs notes ou des moyens financiers de leurs parents. En bref, ça vient créer une sorte de ségrégation. »
Triste réalité
Cette inégalité des chances se fait sentir à un autre niveau.
« Ce n’est pas la même chose pour un professeur d’enseigner dans un groupe où les élèves ont été sélectionnés et qui n’ont pas de difficultés. Puis, s’ils n’ont pas un bon comportement, ils se font retourner au régulier. Or, malheureusement, quand tu enseignes là [au régulier], tu ne peux pas leur offrir le rêve si jamais ils ont un bon comportement ou de bonnes notes, souligne-t-elle. […] Quand on ne vit rien de passionnant à l’école, c’est difficile de s’intéresser à une matière et de mieux se diriger pour l’avenir. »
Parmi les écoles situées sur le territoire du Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs (CSSVDC), on compte seulement une école qui propose des PPP à tous, sans sélection, sans frais et pour chaque élève, soit l’école secondaire Wilfrid-Léger, à Waterloo.
Une réplique… pas parfaite
Pour la professeure au Département de didactique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Isabelle Plante, les PPP dans les écoles publiques sont une réponse au milieu privé.
« Ce que le privé va faire, c’est de prendre les très bons élèves des établissements scolaires publics, alors que les écoles publiques essaient vraiment fort de diversifier leur offre pour tenter de les garder. C’est la raison même qui explique pourquoi elles [les écoles publiques] ont mis en place les PPP, exprime-t-elle. Ainsi, au niveau régulier, on voit un mélange d’élèves qui n’ont pas été admis dans ça [les PPP] et qui méritent pourtant de l’être. Ces jeunes-là se retrouvent donc dans des classes sans ressources pour l’adaptation scolaire. »
Lentement, mais sûrement
Bien que les sélections dans le PEI se font en fonction l’intérêt pour le programme et l’engagement social d’un étudiant et que celles pour le sport-études sont faites en se fiant au rendement scolaire, Mme Plante croit que des sélections n’ont pas lieu d’être dans certains programmes. Ceux axés sur la robotique ou les sciences en sont des exemples notables, selon ses dires.
Sophie Veilleux, elle, est optimiste qu’une telle réforme voit le jour, citant des changements faits dans le sport-études par le passé.
« Ce n’est plus vrai que ce sont seulement de jeunes talents qui aspirent à être dans des équipes sportives canadiennes ou québécoises qui veulent se rendre aux Jeux olympiques. […] Aujourd’hui, on ne te sélectionne plus parce que tu es un athlète de haut niveau, a-t-elle fait savoir. […] On te sélectionne plutôt sur les notes et les moyens financiers. […] Il y a encore du chemin à faire, mais il y a déjà un peu de travail qui a été fait. »
Finalement, Mme Veilleux conclut en suggérant au gouvernement d’arrêter de financer les établissements scolaires privés et de garder les fonds publics pour les écoles publiques, question d’avoir « de véritables moyens pour offrir de bons services et de beaux projets ». De cette façon, ça ne coûterait plus « des milliers de dollars » aux parents.
