Trouver l’amour autrement en région

SOCIÉTÉ. Oui, le “dating” en région peut être difficile avec les bassins de population plus petits que dans les métropoles. Toutefois, il existe des solutions aux applications de rencontre pour augmenter les chances de rencontrer son heureux élu loin de la pression que peuvent exiger ces plateformes. C’est le cas de L’entremetteuse. Fondée en septembre 2022 par Lysia Carrier, cette initiative à but non lucratif est bien ancrée dans les milieux ruraux, notamment à Granby.

Ce texte est le deuxième d’une série de deux articles sur le “dating” en région

Ses événements, organisés dans plusieurs régions (Montérégie, Estrie, Montréal, Laurentides, Saguenay, Outaouais, etc.), s’éloignent des formats traditionnels. Fini le “speed dating” ou les rencontres organisées d’avance qui mettent déjà une pression. Rien n’est imposé. Le tout se déroule dans un climat amical, léger et décontracté. Aucune limite de temps ni questionnaire comparable à une entrevue d’embauche. Les critères que cherche un individu chez un partenaire sont jetés à la poubelle, permettant d’éviter les conclusions hâtives et les préjugés.

“Il y a des sujets où on ne doit pas aller dans les premières rencontres, comme où tu es né, où tu habites, tu es dans quelle sorte d’habitation, est-ce que tu as des enfants, ce qu’est ton métier, tes passions, tes expériences passées, etc. On ne veut pas aller là. On veut être dans le moment présent, donc ce que tu cherches aujourd’hui, le genre de relation que tu as envie de développer et pourquoi tu cherches ça”, indique Mme Carrier.

L’importance d’être bien outillé

Dans cette ambiance conviviale d’une dizaine de personnes, la perfection est également reléguée aux oubliettes. Les valeurs personnelles sont priorisées. “Est-ce que c’est vraiment important pour toi si elle aime la danse, mais pas la country ? Si elle habite plus loin ? Si elle est à la retraite ? On met tout ça de côté, car ça tend à déstabiliser les gens. L’objectif est d’apprendre à connaître l’autre dans ses valeurs profondes”, déclare-t-elle.

Les participants ne manquent pas de ressources pour bien comprendre comment connecter avec l’autre. Différents auteurs, psychologues, thérapeutes et personnes spécialisées dans l’art du couple sont présents lors de certains événements.

Des bénévoles “messagères” sont aussi sur place. Elles expliquent pendant une quinzaine de minutes comment réussir à “dater autrement de nos patterns habituels”. Après? Liberté aux candidats. Ceux-ci peuvent décider d’utiliser des outils mis à leur disposition, allant de papiers décrivant “la marche à suivre” jusqu’à une carte mystère.

“Il se passe plein de choses! Ils ont vraiment des étapes pour toute la soirée! C’est relativement dirigé, mais ce n’est pas avec une animation ni une conférence”, explique la Granbyenne d’origine.

Le 40 ans et plus, c’est une façon de dater. Les personnes plus jeunes que ça, c’est une autre façon, deux modes d’emploi complètement différents.

– Lysia Carrier, fondatrice de L’entremetteuse

Pas pour tous

Les événements sont organisés pour les individus âgés de 40 ans et plus. Pas de vingtenaires et de trentenaires pour l’instant. Lysia Carrier s’est vite rendu compte que les mélanges entre ces groupes et ceux plus âgés étaient incompatibles.

“Le 40 ans et plus, c’est une façon de dater. Les personnes plus jeunes que ça, c’est une autre façon, deux modes d’emploi complètement différents. […] J’ai décidé d’y aller avec le groupe qui me suivait par rapport à mes valeurs. […] Puis, j’ai réalisé que ce que je faisais n’attirait pas autant les plus jeunes. Il y en a qui le réclament, mais j’ai un autre enjeu: je n’attire pas assez de personnes pour organiser des activités pour eux”, admet celle qui travaille comme designer d’intérieur en architecte à temps plein.

“Plus on est jeunes, plus on est efficaces et rapides. Avec l’âge, on prend plus notre temps, on a envie de découvrir et on sait ce qu’on ne veut pas”, poursuit-elle.

Alternative pour les jeunes

Existe-t-il des solutions pour les jeunes des régions sur les applications de rencontre ? Selon le coordonnateur du projet MACLiC (Cartographier les idéaux amoureux et intimes contemporains du Canada) à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Noé Klein, une plateforme tend à se distinguer et offrir plus de chances à potentiellement trouver l’amour, même dans les grands centres: Hinge et sa messagerie.

Il est possible d’envoyer un court message ou un message vocal en même temps qu’un “like” sur une photo ou une réponse à une question déterminée par la candidate sur le profil. Une manière de mieux démarrer une conversation plutôt que par un salut classique.

“Dans les témoignages que j’ai reçus, c’est effectivement quelque chose qui va vraiment aider à accepter un profil d’une personne habitant en région. Ça va inciter à regarder [le profil] plus en détail et de ressentir une certaine connexion, un potentiel. […] Ça peut être intéressant aussi pour un individu de milieu rural d’aborder la distance entre sa municipalité et la métropole dans ce court message. Par exemple, dire qu’il est conscient de ce que représente l’enjeu, mais d’essayer de voir comment l’autre peut se placer par rapport à ça”, mentionne le doctorant en sociologie.

Perdre espoir facilement?

Selon la même étude du Pew Research Center abordée dans le premier texte, 54 % des utilisateurs interrogés ont été nombreux à déclarer recevoir trop de peu de messages, alors que 13 % ont pensé le contraire. Au niveau des sexes, 61 % des hommes affirment ne pas avoir reçu suffisamment de messages de candidates qui les intéressaient, comparativement à 44 % des femmes.

De l’autre côté, les femmes sont cinq fois plus nombreuses que les hommes à penser avoir reçu trop de messages (30 % contre 6 %). Noé Klein parle d’un “double effet négatif” chez les hommes en région. Les enjeux potentiels de harcèlement affectant les informations personnelles partagées et l’anonymat moins présent en milieu rural.

“Les hommes vont le ressentir plus [ce manque de réponse] parce que leur bassin est plus restreint et leur profil est moins attractif. […] Une femme dans un grand centre a accès à plusieurs partenaires plus proches, donc le profil de celui en région va se perdre dans une multitude de profils. […] Les femmes ont toujours plus de messages et il y a un travail de filtrage qui est obligatoire à faire”, conclut-il.