Des citoyens «contrariés» par l’arrivée d’un second pipeline de gaz naturel

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Par Xavier Demers
Des citoyens «contrariés» par l’arrivée d’un second pipeline de gaz naturel
Environ quarante citoyens de la région étaient au Centre culturel St-John à Bromont pour assister à une conférence sur le projet Goldboro LNG. (Photo : Gracieuseté)

GAZODUC. Une quarantaine de citoyens de la région ont répondu à l’invitation du collectif citoyen Goldboro, parlons-en afin d’en savoir plus à propos d’un projet d’un deuxième gazoduc qui passerait dans la région, notamment à Bromont. «Beaucoup de gens présents ont été contrariés et intéressés à en apprendre davantage sur les enjeux entourant la construction d’un second pipeline sur le même axe que TQM», a indiqué le collectif.

«L’idée, c’était de prendre le temps avec les citoyens et les citoyennes présents de faire le tour de la question, de regarder en détail ce qu’est le projet Goldboro, a affirmé le porte-parole du regroupement, Alexandre Ouellet. Ce qui arrive trop souvent dans les projets de la sorte, d’hydrocarbures, on est informé à la dernière minute de sa tenue. Nous, la mission première qu’on s’est donnée comme collectif, c’est d’aller chercher l’information, la mastiquer pour qu’elle puisse être comprise par le plus grand nombre de gens possible.»

Le projet de la compagnie albertaine Pieridae se déclinerait en deux phases selon les informations colligées par le collectif. La première des deux phases consisterait à aller chercher du gaz naturel provenant de l’Alberta pour le transporter vers l’est du pays.

«Le gaz naturel est voué 100 % à l’exportation, vers l’Europe, a ajouté M. Ouellet. Parce que le projet passe par le sud du Québec, il n’y a plus de place dans le pipeline déjà existant, la compagnie n’aura pas le choix d’ici septembre 2020 de déposer un projet pour la construction d’un nouveau pipeline.»

Cet échéancier proviendrait de l’Allemagne, vers qui serait transité la majorité du gaz naturel foré.

«Le projet est financé à 100 % par le gouvernement allemand, vu que la majorité du gaz va lui être destiné, a expliqué M. Ouellet. Les Allemands ont mis un échéancier, si d’ici septembre 2020, la compagnie n’a pas réussi à sécuriser l’approvisionnement du gaz du point A au point B, ils vont perdre leur financement.»

Le collectif a appris ces informations en scrutant les documents de la compagnie albertaine.

«Étant donné que Pieridae est une compagnie qui est cotée en bourse, tous leurs documents sont publics, a indiqué M. Ouellet. Il y a plusieurs organisations environnementales qui font la vigilance à ce sujet-là. Au fil du temps, on est venus à tomber sur cette information-là. La compagnie Pieridae a une entente avec deux grandes compagnies de pipeline au Canada, c’est-à-dire TransCanada et Enbridge. Étant donné que le seul pipeline de TransCanada ou d’Enbridge qui permettrait cette connexion-là vers la Nouvelle-Écosse, c’est le TQM, nécessairement le deuxième pipeline utiliserait le même axe que celui du TQM qui est déjà existant.»

Forage dans l’Est

La deuxième phase du projet consisterait à forer davantage, mais cette fois-ci dans l’Est du Canada.

«La deuxième phase, qui est aussi importante en termes de quantité, c’est de forer en Gaspésie, en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, mais on change complètement de type de forage, a expliqué Alexandre Ouellet. Celui qui serait fait en Alberta est beaucoup moins nocif pour l’environnement, mais dans la deuxième phase, le projet utiliserait ce qu’on appelle du forage par fracturation hydraulique, qui est vraiment nocif tant par son utilisation en eau potable que par les rejets qui sont faits dans l’environnement. Notre crainte, oui, elle est basée sur les aspects locaux, mais aussi, ça nous alerte sur les conséquences plus globales autant pour ce qui est des gaz à effet de serre qu’une dépense trop importante en eau.»

Encouragement

Alexandre Ouellet s’est dit encouragé que le projet ne voie jamais le jour.

«Le projet est très avancé, mais il y a beaucoup d’espoir dans notre capacité de gagner cette lutte-là, chose qui est plutôt rare dans les luttes en environnement, a-t-il indiqué. Généralement, on est beaucoup plus en défensive puis à la dernière minute. On a juste à penser en ce moment à toute la solidarité autochtone avec les Wet’suwet’en. Le projet Goldboro passe par des territoires non-cédés en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. Nécessairement, de pouvoir financer un projet de la sorte en sachant qu’il y a autant de mobilisation en solidarité contre des projets comme ça, il y a un obstacle pour le gouvernement allemand.»

M. Ouellet ajoute que même si Pieridae arrivait à convaincre l’Allemagne sur la faisabilité du projet, la construction ne débuterait pas en septembre.

«C’est un long processus pour accepter un projet de transport de gaz naturel au Canada. Est-ce qu’ils vont réussir à combler la crainte que l’Allemagne aurait dans ce projet-là? C’est une question qu’on se pose. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que le projet est déjà retardé. Dans leurs premières évaluations, le terminal maritime, où tout le gaz serait exporté, devrait déjà être construit en 2021. En ce moment, au mois de février 2020, la construction n’est toujours pas commencée.»

Créé en novembre 2019,  le collectif réussit à rejoindre centaine de personnes maintenant membres de la campagne. C’est la troisième rencontre du genre que le groupe organise, après Sherbrooke et Coaticook. D’autres rencontres sont prévues à Magog puis à Sainte-Julie au début du printemps.

«Ça démontre que les citoyens et citoyennes des régions de l’Estrie et de la Montérégie sont concernés par ce genre de projets-là et qu’ils veulent en savoir plus. C’est encourageant», a conclu M. Ouellet.

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