Être travailleuse de proximité, c’est une vocation

Être travailleuse de proximité, c’est une vocation

Marilyne Bernatchez-Girard et Mélanie Tétreault sont travailleuses de proximité dans Brome-Missisquoi.

Crédit photo : Journal Le Guide - Stéphanie Mac Farlane

COMMUNAUTAIRE. Si le travail de proximité est méconnu du grand public dans Brome-Missisquoi, Marilyne Bernatchez-Girard et Mélanie Tétreault, deux travailleuses de proximité oeuvrant dans la région, assurent qu’elles font une énorme différence dans la vie des gens qu’elles aident et accompagnent au quotidien.

Difficiles pour ces deux jeunes femmes de décrire une journée typique. «Ce n’est jamais pareil! C’est selon les besoins de la clientèle. Je peux avoir des rendez-vous prévus dans une semaine, mais ça peut bouger d’un coup. Ça prend une grande capacité d’adaptation» lance Mélanie Tétreault. Si cette dernière a une formation en toxicomanie et en santé mentale, sa collègue Marilyne Bernatchez-Girard détient un baccalauréat en sexologie. «Ce n’est pas une “job” de formation, c’est une “job” de savoir-être», poursuit Marilyne Bernatchez-Girard. «Il faut être disponible et ne pas juger les gens», renchérit Mélanie.

Sa collègue cite en exemple sa première intervention dans la région. «C’était avec un gars qui avait beaucoup de haine envers les femmes. L’idée est de se mettre à sa place et d’essayer de comprendre. J’ai compris qu’il avait vraiment été blessé par des femmes par le passé. Je suis là pour comprendre et vouloir aider. Des fois, c’est simplement d’écouter et de recadrer, je suis là pour ça. Quand les gens se sentent compris, il y a une bonne partie de faite», raconte Marilyne Bernatchez-Girard. Selon les deux intervenantes, leur travail consiste à écouter (70 %) et à donner de l’information (30 %).

Et il y a aussi des histoires qui finissent bien, assurent les deux femmes. Et c’est en quelque sorte leur «paie», disent-elles.

Rôle divers

Du dépannage alimentaire à de l’accompagnement au palais de justice, le rôle d’une travailleuse de proximité est vaste. Et personne n’est à l’abri d’avoir, un jour, besoin des services offerts par Marilyne Bernatchez-Girard et Mélanie Tétreault. «La vulnérabilité n’est pas juste une affaire de classe sociale. On peut tous se retrouver dans une situation de vulnérabilité dans notre vie», souligne Sylvie Auclair, coordonnatrice du Centre d’action locale de Brome-Missisquoi.

L’intervenante va soutenir les familles qu’elle rencontre et s’assurer qu’elles aient accès aux services. «On va créer des liens avec nos partenaires. Parfois, les gens ont été échaudés par un service qu’ils ont reçu et n’y retournent plus. On va les accompagner», explique Mélanie. «Et des fois, les gens ne comprennent pas tout», renchérit Marilyne. Elles sont notamment là pour trouver des solutions afin que les usagers comprennent les informations qui leur sont véhiculées.

«Elles vont aussi faire le pont entre une famille et le réseau. Leur rôle n’est pas d’être experte en tout, c’est d’accueillir, d’écouter, de référer et d’être capable de créer un lien pour que les gens les appellent quand ils en ont besoin. Ça évite, entre autres, des situations qui peuvent avoir des effets sur les enfants. Leur rôle est de répondre aux besoins dans l’immédiat», poursuit Sylvie Auclair. Elles font aussi beaucoup d’accompagnement auprès des familles, notamment en brisant l’isolement.

Mais ce qui est le plus important, disent-elles, c’est de réussir à créer un lien de confiance avec l’usager. Une fois cela fait, il faut le maintenir. Même si les deux travailleuses de proximité ne sont pas régies par un ordre professionnel, elles se font un devoir de conserver la confidentialité. Elles sont aussi transparentes avec eux, concluent-elles.

«Elles font des miracles»

TÉMOIGNAGE. Lorsqu’elle a emménagé à Cowansville il y a environ deux ans, Manon (nom fictif) était enceinte, venait de se séparer et n’avait presque plus de possession matérielle. C’est à ce moment qu’elle a rencontré Mélanie Tétreault, travailleuse de proximité dans Brome-Missisquoi.

«Elle est d’une aide très précieuse. Si elle n’avait pas été là, je n’aurais pas été capable de passer au travers. Émotionnellement, c’était très difficile», raconte la mère de six enfants, qui a requis l’anonymat.

Manon parle de l’importance de la présence et de l’écoute de son intervenante. Mélanie l’a notamment accompagné dans ses démarches juridiques pour obtenir la garde de quatre de ses enfants. «Lorsque j’ai reçu le jugement, j’étais en larmes. Je l’ai texté. Même si elle ne travaillait pas, elle est descendue me voir sur son temps personnel. Il n’y a rien qui peut accoter ça. Les gens qui font ce travail ont le coeur à la bonne place», poursuit Manon.

Cette dernière évoque aussi le respect, l’absence de jugement et la disponibilité des travailleuses de proximité. «Elles ne nous jugent pas. Avec ce qu’elles font, on les compare à des super héros. Elles font des miracles», enchaîne la Cowansvilloise.

Cette dernière croit que ce service devrait être maintenu et que de l’argent devrait y être investi. «Ça l’aide vraiment les gens les plus démunis, qui n’ont pas de ressources et de famille pour les aider», dit Manon.

En outre, Mélanie lui a permis d’être au courant de nombreuses activités familiales gratuites. En plus d’en faire profiter ses enfants, Manon se sent utile en tant que mère, mais aussi en tant que femme, dit-elle.