Des tarifs durs à avaler pour les transformateurs alimentaires
ÉCONOMIE. Le secteur de la transformation alimentaire est le plus important secteur industriel au Québec, et comme bien d’autres, il commence à être affecté par les tarifs douaniers du gouvernement américain. L’association qui regroupe ces producteurs travaille avec les gouvernements pour accompagner ses membres dans cette nouvelle réalité commerciale.
La présidente-directrice générale du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ), Sylvie Cloutier, observe que ce ne sont pas toutes les catégories d’aliments produits au Québec qui sont touchées par les nouveaux tarifs américains.
Par exemple, ceux qui sont régis par la gestion de l’offre, comme les œufs ou les produits laitiers, sont protégés par ce système d’approvisionnement contrôlé. « Par contre, beaucoup de produits de base, des ingrédients, comme du sucre, ou encore des emballages, peuvent être soumis à des tarifs, tant du côté américain que canadien, ou des deux côtés », déclare Mme Cloutier.
« C’est certain que cela va avoir un impact sur le prix des aliments à assez court terme. Nous importons beaucoup de fruits et légumes des États-Unis, surtout durant l’hiver », ajoute-t-elle pour donner un exemple de la situation.
« C’est une période d’anxiété pour tout le monde dans le secteur agroalimentaire. On vit au jour le jour. Personne ne veut créer de l’inflation, mais qu’on le veuille ou non, les prix des produits vont augmenter à cause de cette guerre tarifaire », analyse la PDG du CTAQ, dont les bureaux sont à Granby.
Personne ne veut créer de l’inflation, mais qu’on le veuille ou non, les prix des produits vont augmenter.
Sylvie Cloutier, PDG du Conseil de la transformation alimentaire du Québec
Selon elle, la dynamique commerciale actuelle pourrait entraîner des pertes d’emplois chez certains membres du CTAQ, « mais pour l’instant, on n’en est pas là ». Les ventes risquent de diminuer pour certaines catégories de produits plus haut de gamme, comme les produits de la mer, les fromages, ou encore les huiles, parce que les consommateurs vont en acheter moins et se concentrer sur les aliments essentiels.
Une liste à surveiller
« Le gouvernement fédéral se prépare à son tour à infliger des tarifs douaniers sur des produits fabriqués aux États-Unis, alors il nous consulte pour établir la liste de ces produits. Actuellement, nous veillons à ce que les intrants que nos membres importent des États-Unis ne soient pas touchés par les tarifs, qui devraient être appliqués au début d’avril », affirme Sylvie Cloutier.
Faire tomber les barrières
Le CTAQ travaille également avec le fédéral et les gouvernements provinciaux du Canada afin d’éliminer ou d’assouplir certaines réglementations les barrières commerciales dans le but de favoriser le commerce interprovincial. « Par exemple, la viande produite au Québec ne peut pas être vendue dans les autres provinces », explique Mme Cloutier.
Par ailleurs, le CTAQ fait pression auprès du gouvernement provincial pour qu’il réactive certains programmes visant à améliorer la productivité dans le secteur de la transformation alimentaire.
Un secteur industriel majeur
Le Conseil de la transformation alimentaire du Québec compte 630 membres. Certains sont des gros joueurs bien connus des consommateurs québécois, comme Agropur, Olymel ou les Industries Lassonde, mais 80 % des membres du CTAQ sont de petits transformateurs. Ensemble, ils forment le plus gros secteur industriel du Québec, avec 70 000 emplois directs, et la transformation alimentaire génère 100 000 emplois indirects. Globalement, ce secteur manufacturier a un chiffre d’affaires annuel d’environ 35 milliards $.
« Et souvent, nos membres sont le plus important employeur de leur ville ou région. On n’a qu’à penser à Lassonde à Rougemont, ou encore aux usines d’Olymel dans plusieurs villes du Québec, et il y en a plein d’autres un peu partout », affirme la PDG du CTAQ.
