Deux entreprises de Saint-Jean-sur-Richelieu poursuivent Ottawa

POURSUITE. Vingt-trois entreprises québécoises ont déposé une poursuite à l’encontre du gouvernement fédéral, le 26 mai dernier, afin d’être compensées pour les pertes générées par les modifications apportées au Programme des travailleurs étrangers temporaires (TET). Deux des entreprises sont des compagnies de Saint-Jean-sur-Richelieu, soit Tremcar, qui ouvrira une nouvelle usine à Granby, et Soleno.

Au moment du dépôt de la poursuite à la fin mai, les entreprises réclamaient ainsi 226 M$ de dédommagement de la part d’Ottawa. “Les montants augmentent chaque semaine”, souligne cependant l’avocat représentant les entreprises, Me Frédéric Bérard, joint au téléphone par le journal.

Ce dédommagement est réclamé à Ottawa pour compenser non seulement les investissements requis pour engager cette main-d’œuvre désormais abolie, mais aussi pour compenser les pertes de revenus attendues pour les années 2025 et 2026 par ces entreprises.

En outre, environ six travailleurs étrangers temporaires (TET) ont déposé une plainte en leur nom contre l’État. Selon les informations obtenues par Le Canada Français, aucun d’entre eux ne travaillerait à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Programme des TET

Pour rappel, les modifications apportées en septembre 2024 au programme des TET forcent désormais les employeurs à n’embaucher que 10 % ou moins de leur main-d’œuvre à travers le volet bas salaire du programme.

En outre, les permis de travail, jusqu’alors d’une durée de deux ans, ont désormais une temporalité d’un an, ce qui complexifie les procédures d’intégration et d’adaptation au sein de l’entreprise en plus de forcer les compagnies à se séparer d’éléments déjà bien formés et intégrés.

Tremcar

Le manufacturier de remorques et de camions-citernes Tremcar, qui produit pour l’ensemble de l’Amérique du Nord, fait partie des entreprises québécoises dans cette poursuite. Sur 400 employés, la compagnie johannaise dénombrait 41 TET jusqu’à cette année.

En 2025, Tremcar a perdu trois de ses TET et s’attend à en perdre 22 l’année prochaine. La difficulté de recruter des Québécois serait toujours la même, selon Mélanie Dufresne, vice-présidente stratège de marché pour Tremcar.

“La main-d’œuvre qualifiée est difficile à trouver”, affirme Mme Dufresne. “Il nous manque actuellement une vingtaine de soudeurs”, souligne-t-elle.

Détenant sa propre école de formation en usine, l’entreprise Tremcar affiche un taux de réussite de 70 % pour la cohorte de 2025.

Usine de Granby

Le manque de main-d’œuvre s’avère encore plus néfaste pour Tremcar à la veille de l’ouverture de sa nouvelle usine à Granby, le 11 août prochain. Représentant un investissement de 32 M$, cette manufacture à la fine pointe de la technologie doit à terme générer une soixantaine d’emplois.

Pour l’heure, un transfert d’employés est prévu depuis l’usine de Saint-Césaire. Une fois la nouvelle usine rodée, Tremcar procédera à l’embauche.

“Si je ne suis pas capable de trouver les employés, comment je vais rentabiliser ma nouvelle usine ?” lance Mélanie Dufresne en entrevue avec le journal. “Mes frais fixes à moi, ils ne descendent pas. L’usine va coûter très cher. Et avoir su ça, on aurait probablement pris cet argent-là pour l’investir aux États-Unis”, commente Mme Dufresne.

Pas de consultation

Les entreprises déplorent par ailleurs une absence totale de consultation du milieu en amont des modifications apportées au programme des TET.

Rappelons que quatre entreprises johannaises avaient formé un Front commun en décembre dernier afin de tirer la sonnette d’alarme auprès d’Ottawa face à

cette situation.

Les entreprises auraient mené des échanges avec diverses parties gouvernementales au courant de l’année 2025. Selon Mélanie Dufresne, les demandes de particularités régionales dans cette démarche n’auraient eu aucun succès. “On n’a pas eu d’écoute”, affirme-t-elle.

Au moment d’écrire ces lignes, Le Canada Français n’avait pas pu obtenir un témoignage de l’entreprise Soleno que le journal a contactée pour une demande d’entrevue.