Farnham et son choc initial
MILITAIRE. Le centre d’entraînement de Farnham forge l’image de la Ville partout au Canada, avec ses 17 km2 de superficie, où toutes les recrues des Forces armées canadiennes doivent passer à travers leur cheminement. L’Avenir et Des Rivières a pu accéder à l’intérieur de la Garnison de Farnham pour démystifier ce qui y est pratiqué.
Maniement des armes, premiers soins, entraînement en campagne, guerre chimique, biologique, radiologique et nucléaire, de nombreux exercices ont lieu à Farnham. “On apprend tous les éléments pour simuler une vraie opération, que ce soit en Afghanistan ou en Lettonie, c’est la vraie vie ici”, explique l’officier des affaires publiques de la Garnison de Saint-Jean, le capitaine Steve Comeau, qui est passé comme tous ses collègues à Farnham, il y a 25 ans.
Le passage obligatoire à Farnham, d’une durée d’environ deux semaines, est ardu, bien plus qu’à Saint-Jean où le reste de la formation a lieu. “À Saint-Jean, les recrues dorment dans un lit le soir et sont à l’air climatisé. Quand elles arrivent ici, c’est austère. C’est un milieu difficile, où il y a moins de soleil, où tu n’es pas confortable, tu as beaucoup de travail à faire à l’extérieur”, ajoute M. Comeau.
Le sergent Olivier Rajotte, responsable des champs de tir et des secteurs d’entraînement (CTSE), considère que le centre d’entraînement est l’un des premiers vrais tests pour les recrues. “Leur premier reality check dans la campagne avec l’armée, c’est à Farnham”, souligne-t-il.
Chiffres
Ainsi, la fonction principale du centre d’entraînement de Farnham est de fournir des secteurs d’entraînement et des champs de tir pour supporter la formation la formation des recrues qui sont formées par l’École de leadership et de recrues des Forces canadiennes (ÉLRFC).
Ce sont de 5000 à 6000 recrues qui sont de passage chaque année à Farnham. Les Forces armées canadiennes souhaitent d’ailleurs monter ce nombre à 7500. L’ÉLRFC a un effectif de 57 personnes permanentes, et 25 autres personnes travaillent dans d’autres unités, montant à 83 le nombre d’employés au centre d’entraînement. Annuellement, on estime à 15 000 le nombre de personnes qui visitent l’endroit. D’ailleurs, les Forces confirment que le recrutement est en hausse depuis le début de l’année 2025.
Besoins
“90% des gens qui viennent ici, c’est pour l’entraînement des recrues de Saint-Jean. Pour le reste, ce sont les unités de réserve des légions de Montréal et de Sherbrooke”, note l’officier contrôleur des CTSE de Farnham, l’adjudant-maître Claude Potvin, présent ici depuis un an.
Les entraînements sont effectués par sections. Si le besoin est supérieur, au niveau de peloton ou de compagnie, le tout se déroulera à une base plus grosse, comme Valcartier. “Chaque base a sa raison d’être pour des missions spécifiques”, confirme-t-il.
Farnham est donc un endroit essentiel pour les Forces armées canadiennes. “Que tu viennes de Victoria en Colombie-Britannique ou du Nouveau-Brunswick ou du Québec, tu vas à Saint-Jean-sur-Richelieu et quand tu fais tes semaines dans le clos, tu viens à Farnham. On est tous passés à Farnham. C’est vraiment unique”, complète Steve Comeau.
Outre cela, le centre d’entraînement de Farnham accueille également le club de tir de la région de Montréal (environ 45 membres), le club de chasse Les frères d’armes (environ 40 personnes), les cadets, puis différentes organisations de la région pour des entraînements. Il s’agit des pompiers de Farnham, de Saint-Césaire et de Saint-Paul-d’Abottsford, de la Sûreté du Québec, de la Gendarmerie royale canadienne, du Service de police de la Ville de Montréal, ainsi que du Service correctionnel de Cowansville. On confirme qu’il n’y a pas vraiment de service à la population.
Visite
Lors d’une visite le 17 juillet dernier, L’Avenir et Des Rivières a pu observer en temps réel la formation des recrues. Pour débuter, on observe des exercices à la tour de rappel d’une hauteur de 65 pieds, qui a été inaugurée en 2020. À ce moment, malgré le temps chaud, des recrues effectuent des pompes et s’encouragent.
Le tour se poursuit au parcours de leadership, où des équipes doivent travailler en collaboration pour résoudre des problèmes. Le jeu d’équipe cède ensuite sa place au jeu individuel à l’occasion d’un parcours à obstacles de neuf étapes, étalé sur environ 800 mètres. “Les recrues font tout à pied, ça donne près de 20 kilomètres de marche par jour”, souligne le capitaine Steve Comeau.
Ensuite, on croise un bivouac, c’est-à-dire un campement léger et temporaire, caché dans la forêt. Là-bas, des recrues gardent le camp, un mot de passe est nécessaire pour y accéder. Pendant que ce groupe est au camp, un autre est en mission. Un peu plus loin, on visite le Camp Ortona, une base d’opérations avancée, qui est installée comme en Afghanistan. Pour garder les recrues en alerte, des instructeurs tentent de s’y infiltrer parfois.
Pour continuer, on passe un village de cinq maisons, où l’on peut simuler le milieu urbain. Les stratégies à utiliser sont alors différentes. Finalement, on termine à l’un des deux champs de tir de Farnham, où il est possible de tirer depuis une distance de 400 mètres. Tout est électronique, ce qui permet d’observer ses résultats sur une petite machine à côté de soi. La surveillance est assurée par des contrôleurs.
