« Ne vous approchez pas des lignes ! »

FRONTIÈRE. Imaginez que vous pêchez depuis plus de quatre décennies au bord du lac Champlain, en restant au Canada, mais qu’un dimanche après-midi, la Garde côtière des États-Unis vous arrête. C’est l’aventure qu’a vécue Édouard L’Allemand, près du Camping Miller, à Saint-Georges–de-Clarenceville, le 20 juillet dernier.

Alors qu’il était persuadé de pêcher du côté canadien, Édouard L’Allemand a été approché par la Garde côtière des États-Unis (USCG). « J’étais vis-à-vis du Camping Miller, je le sais que j’étais proche, mais depuis l’âge de 10 ans, je pêche là. Je connais la frontière », a-t-il affirmé lors d’un appel avec L’Avenir et Des Rivières un peu plus d’une semaine après sa péripétie. « Je ne me remets toujours pas des événements », a-t-il ajouté.

Événements

Le pêcheur de 60 ans est arrivé sur l’eau à 16 h 30, avec la chaloupe en aluminium de 16 pieds d’un ami. Il était alors équipé de tout son matériel pour profiter d’une belle fin de journée. Alors qu’il sortait un poisson de l’eau, il a aperçu les autorités américaines au loin. Elles se sont rapprochées et lui ont demandé de couper son moteur. Il a collaboré et on lui a dit qu’il pêchait dans les eaux américaines. Convaincu que cela était faux, M. L’Allemand a démarré son moteur pour aller au bord de l’eau et « leur parler tant qu’ils veulent ».

« Je le sais que tu es au Canada et tu m’agresses », a-t-il raconté. L’embarcation américaine l’aurait ensuite accosté et tenté de l’amener vers les États-Unis. Le bateau de M. L’Allemand aurait alors chaviré. « Il était en train de se noyer dans l’eau et les garde-côtes étaient plus concentrés à attacher son bateau au leur », a résumé sa conjointe, Darlene Fielding, dans un courriel envoyé au journal.

Ensuite, les trois garde-côtes l’ont monté à bord et l’auraient frappé, selon la victime. Cela faisait alors environ une heure qu’il avait quitté le quai. « Mon bateau a été traîné à l’envers jusqu’au Vermont, le moteur est tout grafigné. C’est de l’ouvrage pour rien, parce que je n’ai rien fait de pas correct », dit-il.

Une fois en sol américain, trois patrouilles frontalières l’ont amené dans une cellule et ses empreintes digitales ont été prises, de même qu’un portrait de lui. Ne sachant toujours pas s’il était en état d’arrestation et coupé du monde extérieur, M. L’Allemand a pu faire un appel à sa femme vers 20 h 30. Puis on l’a informé qu’il était seulement retenu et qu’une fois ses papiers complétés, on le retournerait chez lui. « Mais comment je vais retourner chez moi ? » a demandé le Clarencevillois. On lui répondit alors qu’il aurait un transport jusqu’aux douanes canadiennes.

« Je suis arrivé aux douanes vers 23h. J’avais des bleus, des grafignes, et je saignais de partout », se souvient le pêcheur, qui peine toujours à plier son bras gauche. Il a terminé sa mésaventure à l’Hôpital du Haut-Richelieu, d’où il est finalement ressorti vers 3 h 20.

Version américaine

La Garde côtière des États-Unis (USCG) a publié une déclaration à NBC5, un réseau de nouvelles au sud de la frontière. « Alors que l’embarcation de sauvetage de 29 pieds des garde-côtes se trouvait à proximité du navire, le conducteur a mis le navire en mouvement et ignoré les ordres de maintenir le cap et la vitesse pour l’abordage. Le navire a alors effectué un brusque virage à tribord et a heurté l’avant bâbord de l’embarcation de sauvetage des garde-côtes à environ 65 mètres au sud de la frontière canado-américaine. La collision a provoqué le chavirement du navire, jetant le conducteur à l’eau », indique la USCG.

« L’équipage de l’embarcation des garde-côtes a rapidement repêché le conducteur et remorqué le navire canadien jusqu’à la rampe de mise à l’eau publique de Sandy Point. Les services médicaux d’urgence sont intervenus sur les lieux, puis le sujet a été transféré à la garde de la patrouille frontalière américaine. Les agissements du conducteur du navire canadien font actuellement l’objet d’une enquête », poursuit l’USCG dans sa déclaration.

À ne pas répéter

« Les patrouilles frontalières m’ont dit qu’elles ne prennent le camp de personne parce qu’elles n’étaient pas là, souligne Édouard L’Allemand. Ça m’a déçu, et en repartant, on m’a dit : ‘vous savez que vous êtes le bienvenu aux États-Unis’. Quel fou retournerait là ? »

En partageant son histoire, M. L’Allemand souhaite « que les gens sachent que même quand tu es chez toi, tu ne l’es pas ». Il confirme qu’il se tiendra beaucoup plus au nord à présent, malgré tous les amis qu’il a de l’autre côté de la frontière. « Même là-bas, ils n’en reviennent pas ! » conclut-il.