Dur, dur d’acheter «local» à la SAQ

Par Ugo Giguere

Pas facile d’acheter local dans les succursales de la région de la Société des alcools du Québec, a découvert GranbyExpress.com en recherchant la disponibilité de 23 produits locaux dans dix succursales des environs. Résultat, vaut mieux chercher ailleurs pour trouver son petit blanc ou son gros rouge produit dans les vignes de la région.

Dans son rapport annuel, la Société des alcools du Québec se targue d’offrir 11 000 produits de vins, bières et spiritueux en provenance de 65 pays. Si toutefois vous cherchez une bonne bouteille à saveur locale pour agrémenter votre souper, la recherche risque d’être plus ardue.

 

Bien sûr, les cidres et les vins de glace ne manquent pas sur les tablettes, mais pour une simple bouteille de vin dans le but d’agrémenter un repas, les choses se compliquent.

 

Pour les besoins de notre recherche, nous avons sélectionné un échantillon hétéroclite de 23 produits d’ici: blancs, rouges, rosés, vins de glace ou fortifiés. Nous avons ensuite vérifié leur disponibilité dans les 10 succursales de Bedford, Bromont, Cowansville, Farnham, Granby (2), Lac-Brome, St-Césaire, Sutton et Waterloo.

 

Première constatation, huit d’entre eux ne sont tout simplement pas disponibles. Il s’agit des vins blanc et rouge Les Petits cailloux, du Tourbillon 365 des Artisans du Terroir, de trois des quatre produits du vignoble La Mission, du Seyval Carte d’or des Côtes d’Ardoise, du Frontenac gris et du très populaire Tinello de la maison Gagliano.

 

La palme du plus grand nombre de produits régionaux revient à la succursale SAQ Sélection de Granby avec huit vins, suivie de très près par les succursales de Bedford et de Bromont avec sept produits.

 

À l’autre extrémité du palmarès, celles qui font moins bonne figure sont celles de St-Césaire, Sutton et Waterloo, qui n’offrent que trois des 23 vins régionaux recherchés.

 

Martin Lavertu, propriétaire du vignoble Les Petits cailloux, à St-Paul-d’Abbotsford, a fait son entrée en SAQ à l’hiver 2012, mais ses bouteilles ne sont disponibles en succursales que depuis juin. Selon les chiffres de ventes qu’il observe, ses vins s’écoulent bien à Victoriaville, St-Hilaire et Rouyn-Noranda. Mais ici, impossible de trouver autre chose que son rosé et uniquement à Granby.

 

«On a informé notre clientèle qu’elle pouvait demander nos produits dans leur SAQ et on s’est retrouvé dans une vingtaine de succursales», explique le vigneron qui a mis à profit les réseaux sociaux. Sans cet outil, les producteurs doivent aller eux-mêmes, ou par l’entremise d’un agent, plaider leur cause auprès des directeurs de succursales.

 

Un travail que s’échine aussi à accomplir Vincent Gagliano, du vignoble familial. «Mon job, c’est d’aller dans chaque succursale pour vendre ma salade. C’est beaucoup d’ouvrage», admet le vigneron de Dunham.

 

Grâce à la vitrine obtenue par sa victoire au «Combat des vins» du journal La Presse, le Tinello, rouge 2010 s’est retrouvé en rupture de stock. «Il était dans 85 succursales et il a été vidé des tablettes. Maintenant, j’ai livré 220 caisses et il est seulement dans 23 magasins», déplore l’homme d’affaires qui craint de devoir recommencer son pèlerinage.

 

Ce grand cru de la maison Gagliano est introuvable dans les dix succursales de la région. Vincent Gagliano consent que la situation est «paradoxale» et il y voit un bel exemple qu’«il n’y a pas beaucoup d’espaces pour les vins québécois dans les SAQ».

 

 

Question de demande

Tous les directeurs de succursales qui ont accepté de nous parler – sous le couvert de l’anonymat en raison d’une consigne qui les empêche de répondre aux médias – ont indiqué que la demande de clients est la meilleure porte d’entrée dans une succursale.

 

Ces mêmes gestionnaires ont tous indiqué que la demande était rare, mais la plupart croient aussi que l’offre a son rôle à jouer. «Si on faisait plus de publicité pour que les gens en consomment plus, je pense que oui, on aurait plus de demandes», a confié l’un d’eux. D’autres gérants de succursales ont affirmé être favorables aux produits régionaux, mais manquer d’espace.

 

Au siège social de la SAQ, le porte-parole Renaud Dugas souligne que les ventes de vins québécois sont passées de 360 000$ en 2002 à 3M $ en 2012, ce qui démontre un intérêt grandissant. Pour soutenir cette croissance, la SAQ dit offrir plus d’espace en magasin que ce que les chiffres justifient en réalité.

 

Un projet-pilote serait d’ailleurs en place afin de «régionaliser l’offre» de produits en succursales. Une mesure qui permet aux directeurs de succursales impliqués d’ajouter quatre produits régionaux de plus que leur quota de produits québécois.

 

 

Absent par choix

Au vignoble La Mission, Jean-Christophe Hirsch donne une tout autre explication pour son absence des tablettes de la région. Elle est volontaire. «C’est une décision d’affaires, explique le copropriétaire du vignoble. On préfère que les gens viennent nous visiter.»

 

Le producteur de Brigham justifie ce choix par la plus grande marge de profits à la vente alors qu’il évite de verser une cote à la SAQ. Jean-Christophe Hirsch souhaite aussi maintenir l’achalandage de sa clientèle en hiver en organisant des activités.

 

Si ses produits ne sont pas en succursales dans la région, ils sont cependant en vente dans une vingtaine de boutiques ailleurs au Québec. Une stratégie qui lui permet d’écouler une partie de sa production de 15 000 bouteilles par année, tout en pouvant en conserver pour la clientèle du vignoble.

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