La chasse au pot est ouverte

La chasse au pot est ouverte
En relaçant leur opération Cisaille

Consommation de drogue, dépendance, vol d’électricité, criminalité chez les jeunes. L’opération Cisaille, c’est bien plus que l’éradication des plants de marijuana, indiquent les policiers. Après avoir vu les récoltes chuter drastiquement au cours des dernières années, la Sûreté du Québec, qui souhaite relancer ce projet, a rencontré une poignée de citoyens, d’agriculteurs et d’élus municipaux, le 14 mai dernier, à Cowansville. Si les policiers partent à la chasse aux plants de pot, les mariculteurs, eux, ensemencent déjà leur plantation.

La saisie du cannabis est en chute libre. En Estrie, les policiers ont perquisitionné et détruit 31 000 plants en 2011-2012. L’année précédente, Cisaille avait permis de saisir 78 895 plants, une diminution de 60,7%. Cette tendance à la baisse a aussi été perceptible à la grandeur du Québec. Du 1er avril 2011 au 31 mars 2012, les policiers ont saisi 373 114 plants dans le cadre de Cisaille. Un an auparavant, ils en avaient saisi 691 522, une différence de 46%.

À ses balbutiements en 1999, Cisaille visait la culture de la marijuana dans les champs de maïs, mais l’opération s’est élargie pour déjouer les façons de faire des mariculteurs. «Maintenant, ça dure douze mois par année. La culture du cannabis se fait aussi à l’intérieur, en serres», indique Richard Nadeau, sergent-enquêteur à la Division des enquêtes régionales de l’Estrie (DERE). Les champs ont aussi été délaissés au profit des boisés. En Estrie, en 2011-2012, 82% des plants extérieurs (19 277) ont été saisis en milieu boisé, révèle le bilan annuel de la SQ, district Estrie, tandis que 12% l’ont été en milieu agricole. «Les producteurs rentrent plus loin dans les terres et ont changé leur stratégie de plantation. Auparavant, on retrouvait des îlots de 400 à 600 plants. Maintenant, ce sont des îlots de 150 plants étendus sur le territoire. Les gens ne vont donc pas nécessairement tout trouver», indiquait l’inspecteur Pierre St-Martin, lors d’un point de presse en juin 2012.

Le public, les yeux des policiers

Pas moins de 25% des dossiers de Cisaille sont menés grâce à la collaboration du public et la SQ souhaite bénéficier encore plus de ces précieuses informations. «On désire relancer le programme, car on veut inciter le plus de gens possible à dénoncer. Oui, les statistiques sont en baisse et nous n’avons pas d’analyse pour l’expliquer, mais étant donné que les informations du public représentent le quart des dossiers de Cisaille où il y a eu éradication, on croit que c’est important que la population soit au courant que nous allons faire de cette problématique notre priorité», indique l’agente Aurélie Guindon, porte-parole de la SQ de l’Estrie.

Si les citoyens peuvent communiquer directement avec les policiers (310-4141) pour donner une information, donnée qui sera traitée en priorité, ils peuvent aussi utiliser les services d’Échec au Crime (1-800-711-1800 ou echecaucrime.com), une ressource entièrement confidentielle.

La SQ possède aussi un contrat social, signé par des propriétaires terriens qui autorisent les policiers à intervenir sur une terre privée sans mandat, accélérant ainsi les saisies. Selon les plus récentes statistiques fournies par la SQ, plus de 10 650 contrats sociaux sont en vigueur au Québec. Impossible toutefois de mettre la main sur les données régionales, par souci de confidentialité. «Vous êtes nos yeux, nos associés dans cette guerre. Le contrat social est un signal clair qui est lancé aux mariculteurs», mentionne Brigitte Leblanc, sergent-enquêteur à la DERE. Cette dernière précise que ce document, disponible sur demande, est révocable en tout temps.

Des menaces

Les policiers ne le cachent pas: des producteurs agricoles ont reçu beaucoup de menaces et les MRC de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska n’y font pas exception.

«Souvent, les producteurs agricoles vont tolérer cinq ou six plants au départ. L’an suivant, ils en plantent 25 et cinq ans après, il y a 500 plants», indique le sergent Martin Bernier, de la SQ. À ce moment, il est souvent trop tard pour faire entendre raison aux criminels et les agriculteurs se font menacer, autant sur le plan physique que sur le plan matériel. «Il faut passer le message dès le départ qu’on n’en veut pas de plants de pot», poursuit le sergent Bernier.

L’objectif de la rencontre visait aussi à défaire le mythe de la dénonciation, philosophie hautement présente chez les cultivateurs. «On doit rassurer les gens quand on dénonce, qu’il n’y a pas de représailles, mais les producteurs ont peur», indique Réjean Racine, président du syndicat de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Brome-Missisquoi, qui représente 715 fermes et 1000 membres.

«Quand on passe au feu, on se demande si c’est à cause de ça. Oui, il y a beaucoup de craintes, mais je n’ai jamais eu de faits précis en lien avec la dénonciation», ajoute-t-il.

Ce dernier ne cache pas qu’il a déjà eu des plants de pot sur ses terres. «Ils enlèvent environ 10 ou 15 pieds de nos cultures et sèment. Ils recommencent 50 pieds plus loin. Ce sont de petites zones dans le champ et dans les boisés, ils coupent les arbres», raconte M. Racine en précisant que les pertes agricoles sont négligeables. «Il s’agit plus d’une perte pour la société. Et surtout, on se dit qu’ils sont venus chez nous, qu’ils exploitent notre terre sans notre permission. C’est ça qui est dérangeant», confie Réjean Racine. Ce dernier n’a pas peur à sa sécurité. «Ils se tiennent loin des bâtiments.»

 

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