Une simulation «réelle» à Massey-Vanier

Des parents ouvrent la porte. Deux policiers sont là. En l’espace de quelques mots, leur vie s’écroule. Leur fille est morte, tuée dans un accident de la route. Collision causée par… la drogue. Si jeudi avant-midi, cette scène faisait partie d’un scénario monté de A à Z, c’est pour éviter que la fiction devienne réalité que la Sûreté du Québec de Brome-Missisquoi a invité 1 500 finissants du secondaire à assister à la simulation d’un impact mortel impliquant des jeunes. Frissons, émotions et réflexions étaient au rendez-vous.

Diffusion simultanée sur écran géant, cris de douleur, pleurs, arrestation, réanimation cardio-respiratoire (RCR), désincarcération, blessures. La Sûreté du Québec de Brome-Missisquoi a frappé fort, très fort, jeudi avant-midi.

Dès le départ, via une vidéo, on voit des jeunes. Ils font du sport et font la fête, puis prennent la route. Ce qui devait arriver, arriva. Leur véhicule en percute un autre. Une jeune fille est éjectée. Elle gît au sol, inconsciente et est en arrêt cardio-respiratoire. Toujours dans la voiture, la conductrice est inconsciente et l’autre passagère est consciente, elles sont incarcérées. Les trois occupants du véhicule fautif n’ont pas subi de blessures, mais sont sous le choc.

Cris, pleurs, fumée, appel au 911, arrivée des services d’urgence – gyrophares et sirènes en fonction -, manœuvres de réanimation, arrestation, la simulation, qui a duré plus d’une heure et demie, était plus que réelle.

Ayant des motifs suffisants, les policiers soumettent le jeune à l’ADA (appareil de détection approuvée) avant de lui ordonner l’épreuve de coordination de mouvements. Nystagmus horizontal (qui consiste à suivre un objet des yeux pour déceler des mouvements irréguliers) et tests d’équilibre sont au menu. Visiblement sous l’effet de la drogue, le jeune a de la difficulté à garder son équilibre… et sa concentration. Il est mis en état d’arrestation. Le coupable? Le cannabis.

Douleur et pleurs

Stabilisation du véhicule et désincarcération. Les services d’urgence sont maintenant en mesure d’extirper les deux victimes. Si l’évacuation de la première, qui est toujours inconsciente, se passe bien, l’autre est plus difficile à regarder. Dès que les ambulanciers la bougent, elle émet un strident cri de douleur. Et elle pleure de plus belle lorsque bougée en bloc par les ambulanciers (pour limiter ses blessures à la colonne vertébrale), elle est mise sur civière. Pendant tout ce temps, des manœuvres de réanimation sont en cours sur la victime éjectée.

Sans activité électrique, aucun pouls et pas de respiration, un paramédic constate, selon le protocole, le décès de la jeune fille. Une toile jaune est déposée sur son corps. Les lumières s’éteignent et l’attention des jeunes est portée vers les écrans. Une voiture banalisée se stationne dans un quartier résidentiel. Deux policiers marchent et cognent à une porte. Un homme répond. Une femme, que l’on devine être sa conjointe, s’approche. La scène, qui se déroule sans un mot sur la mélodie de My Immortal du groupe Evanescence, parle d’elle-même. La mère s’effondre sur son mari, qui lui, tente de tenir le coup. Émotions et frissons garantis. S’ensuit la diffusion du témoignage d’un urgentologue et du vidéoclip Untitled du populaire groupe Simple Plan.

Réalisme

Pas moins de 1 500 étudiants de secondaire 4 et 5 provenant de Massey-Vanier, de Massey-Vanier High School et de Jean-Jacques-Bertrand étaient entassés dans les gradins du Palais des sports Roland-Désourdy, jeudi avant-midi. Si certains ne semblaient pas interpellés parce qu’il venait de voir, d’autres l’étaient. «C’est touchant. C’est quelque chose qui peut arriver à tout le monde», indique Julianna Pietronero. Cette dernière croit que ça peut changer le comportement des jeunes.

L’annonce des parents a touché Marie Noiseux, une étudiante de secondaire 5. «Ça fait réfléchir. Ça nous met dans un autre état», dit-elle.

L’accident n’est pas sans rappeler l’embardée qui a coûté la vie à deux adolescentes en novembre dernier à Lac-Brome. «Mon amie était assise à côté de moi et une de ses très bonnes amies (Nathasha Lavigne) est morte à Lac-Brome. Je voyais qu’elle était dans l’émotion alors oui, ça m’a fait penser à ça», confie Marie Noiseux.

L’objectif de la simulation, précise le sergent Hugo Lizotte de la Sûreté du Québec de Brome-Missisquoi, était de sensibiliser les jeunes et de les responsabiliser «à ne pas conduire avec les capacités affaiblies et l’influence de la drogue. Pour aller chercher les jeunes, il faut avoir de l’émotion et les choquer», dit-il.

«Il faut sensibiliser les jeunes et ne pas banaliser la drogue. Il faut les sensibiliser à l’effet que les policiers sont formés pour détecter la consommation de drogue», ajoute le sergent Lizotte, en faisant référence à l’épreuve de coordination de mouvements.  

Si la simulation est réalisée tous les deux ans, le sergent Lizotte aimerait la présenter chaque année. Il souhaite aussi aller encore plus loin. «On pourrait ajouter le domaine funéraire, l’église, le corbillard, des porteurs, un curé. On pourrait aussi faire témoigner des parents qui ont perdu leur enfant dans un accident de la route», indique-t-il. «Si on le fait, c’est qu’on croit à cette cause. Les blessés et les morts sur la route, comment pensez-vous que ça coûte à la société? Les jeunes sont les plus vulnérables. On veut les sensibiliser», conclut-il.

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