Val-des-Cerfs perd du terrain dans la lutte au décrochage

Par Ugo Giguere

Alors que l’ensemble du Québec parvenait à réduire son taux de décrochage scolaire de plus de 3% au cours des cinq dernières années, Val-des-Cerfs n’a pu faire mieux qu’une amélioration d’à peine 1%. Si bien que la CSVDC est passée de leader de la persévérance scolaire à un statut de commission scolaire moyenne.

D’après les données publiées par Réussite Montérégie, le «taux de sortie sans diplôme ni qualification» est passé de 19,7% en 2005-2006 à 18,5% en 2009-2010. Pour la même période, le taux pour l’ensemble de la province a chuté de 23,3% à 19,6% et de 22,9% à 18,2% en Montérégie.

«On voit ces chiffres-là comme une motivation encore plus grande», affirme la directrice des services éducatifs de Val-des-Cerfs Kathlyn Morel. Tout en reconnaissant une certaine stagnation dans les chiffres, elle compare ces 18,5% d’élèves non qualifiés à «un noyau dur» pour lequel il faut trouver de nouvelles sources de motivation.

«La cible est de 84% de diplomation pour 2020. Si on ne raffine pas nos pratiques, on risque d’être déçus et de se retrouver encore en stagnation», prévient-elle.

Autre indicateur inquiétant, le taux d’élèves ayant décroché un diplôme après cinq ans de secondaire est passé de 62,8% pour la cohorte entrée en 2003 à 60,1% pour la cohorte entrée en 2006.

À titre comparatif, 63,8% des élèves du Québec entrés au secondaire en 2006 ont obtenu un diplôme au bout de cinq ans. Cette statistique grimpe à 64,6% à la Commission scolaire Eastern Townships, dont fait partie la section anglophone de l’école secondaire Massey-Vanier.

Cette statistique intéresse particulièrement Kathlyn Morel et tous les intervenants impliqués dans la persévérance scolaire. «Ce sont eux qu’on va relancer. Ils sont rendus où? On sait qu’il y a un pourcentage aux adultes et un autre sur le marché du travail. On va voir avec eux ce qu’on peut faire pour les aider à obtenir une qualification. On ne les lâchera pas, c’est ça notre leitmotiv», assure-t-elle.

Des projets porteurs

Si la Commission scolaire Eastern Townships a pu réduire de moitié et même plus son taux de décrochage, c’est en grande partie attribuable à son virage techno. À la rentrée 2003, l’organisme a fait le pari de fournir un portable à tous ses élèves à partir de la 3e année du primaire. Une facture totale de 12,5M $ pour l’acquisition de 4 500 portables.

En décembre dernier, l’organisme a dressé un bilan de la démarche dix ans après sa mise en place. Le professeur Thierry Karsenti, titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication en éducation, a alors dévoilé les résultats d’une étude menée sur les résultats de la démarche.

«On ne peut pas faire de lien direct entre l’utilisation des ordinateurs portables et la diminution du taux de décrochage scolaire. Ce qu’on peut démontrer, c’est que le contexte pédagogique a été bonifié et que c’est ce contexte pédagogique bonifié qui fait en sorte que le taux de décrochage scolaire diminue», a-t-il expliqué.

Ailleurs dans la région, du côté de St-Césaire, on a misé sur le concept de communauté et de solidarité en créant la «Zone pro-étude». Les employeurs et les familles ont été invités à s’engager moralement à soutenir la persévérance scolaire.

Pour les employeurs, la responsabilité consiste à offrir des conditions d’emploi qui favorisent l’école. Ce qui inclut un nombre d’heures de travail restreint pour les jeunes, ainsi qu’une flexibilité dans les périodes d’examen. On cherche aussi surtout à créer un climat d’encouragement positif envers l’éducation tant du côté des familles que des employeurs.

L’initiative a connu un succès retentissant, alors que l’école Paul-Germain-Ostiguy a vu son taux d’abandon chuter de 28% à 17% entre 2006 et 2010. Emballée par la formule, la Commission scolaire des Haute-Rivières a pris la décision d’étendre le projet à tout son territoire.

Du côté de Val-des-Cerfs, de nombreuses initiatives pointent vers l’objectif de stimuler la persévérance, mais sans projet porteur. Toutefois, on accorde une importance capitale à la prévention et à la prise en charge.

Quand on parle de prévention, on parle surtout de favoriser l’intégration, le sentiment d’appartenance et l’estime de soi. Des facteurs de renforcement stimulés par les activités parascolaires notamment.

Du côté de la prise en charge, Val-des-Cerfs met de l’avant une stratégie personnalisée qui vise les jeunes de 4e et 5e année du secondaire. «Comme on obtient un diplôme grâce à des cours de secondaire 4 et 5, on s’est attardé, par école, à identifier ceux qui sortent sans diplôme. On a ciblé et établi une liste d’élèves avec les conditions manquantes», révèle la directrice des services éducatifs.

Ces élèves se font ensuite offrir des plans de rattrapage en cours d’année ou encore durant les vacances estivales, alors que Val-des-Cerfs vient de revoir sa grille de cours d’été.

Pour l’an prochain, la CSVDC entend remettre en place la voie du secondaire 5+. Une formule qui permet aux élèves qui ont terminé leur secondaire, mais à qui il manque un cours ou deux de revenir compléter par une demi-année à temps partiel.

«Le 5+ avait été aboli parce qu’on n’avait pas beaucoup d’élèves inscrits. On n’avait pas assez d’élèves pour compléter des groupes. Cette année, on a de nouveaux outils qui nous permettent de cibler les élèves et d’analyser la situation avec eux. Ils ne recevront pas juste un courriel pour les informer», insiste Mme Morel.

Agir dès le primaire

À titre préventif, les écoles accordent une attention particulière aux transitions primaire-secondaire, mais aussi à l’entrée à la maternelle. «Déjà à la maternelle, on sait qu’il y a des élèves à risque. S’il y a des pertes de motivation, des troubles de comportement. Ce sont des indications que déjà le parcours scolaire est teinté», explique Mme Morel.

Selon les données publiées par le ministère de l’Éducation, 23,1% des enfants de Val-des-Cerfs arrivent en retard au secondaire par rapport au parcours régulier. Ce qui est bien plus qu’ailleurs au Québec (16,7%), qu’en Montérégie (17%) ou à Eastern Townships (16,3%).

Kathlyn Morel reconnaît que ces élèves peuvent «être plus vulnérables», mais elle soutient du même coup que les élèves qui doublent leur année scolaire le font pour récupérer.

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