Boissons énergisantes: les députés indépendants qui bloquaient le PL se rallient

QUÉBEC — Tout indique que le projet de loi interdisant les boissons énergisantes aux moins de 16 ans sera adopté jeudi. Si tel est le cas, il entrera en vigueur dans 6 mois.

Après avoir menacé de bloquer le projet de loi, les députés indépendants Pierre Dufour (Abitibi-Est), Youri Chassin (Saint-Jérôme) et Sona Lakhoyan Olivier (Chomedey) se sont finalement ralliés mercredi.

Les députées de Laporte et de Rimouski, Isabelle Poulet et Maïté Blanchette Vézina, ont également annoncé qu’elles ne bloqueront pas l’adoption accélérée de la pièce législative.

Lors du débat sur l’adoption mercredi après-midi, la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a remercié les députés pour leur soutien.

Elle a du même coup annoncé la mise sur pied d’un groupe de travail «afin d’accompagner la mise en œuvre et l’évaluation des effets de la loi».

Ce groupe de travail sera formé de représentants de l’industrie, du commerce de détail, ainsi que d’un représentant désigné par la Direction nationale de santé publique, a-t-elle précisé.

Il sera également consulté avant toute modification réglementaire.

«Le Québec fait preuve de leadership en devenant la première juridiction canadienne à proposer d’interdire la vente des boissons énergisantes aux (…) moins de 16 ans», s’est félicitée la ministre.

«Nous croyons qu’il vaut mieux agir de façon préventive lorsque la santé des jeunes est en jeu», a-t-elle ajouté.

M. Dufour, qui s’interrogeait sur plusieurs aspects du projet de loi, notamment le choix d’établir l’âge à 16 ans, s’est dit rassuré par la mise sur pied de ce groupe de travail.

«(Je suis) très heureux d’entendre la ministre, a-t-il affirmé. Je pense que c’est un élément majeur pour la suite des événements (…) si on veut vraiment étoffer davantage ce dossier.»

Mme Lakhoyan Olivier et lui s’attendent d’ailleurs à ce que la loi soit éventuellement rouverte et bonifiée afin d’inclure des volets sur la sensibilisation et la formation.

«Il faudra les éduquer, les citoyens, les jeunes. Il faut regarder d’une autre manière que d’interdire tout le temps», a déclaré en mêlée de presse l’élue de Chomedey.

«On a failli l’échapper, s’est quant à lui exclamé le député péquiste Jöel Arseneau au terme des travaux mercredi. Il y a un grand soupir de soulagement qui peut être exprimé.»

Les parlementaires peuvent être fiers, a ajouté le porte-parole libéral en santé, Monsef Derraji. «Pourquoi? Parce que nous avons tous démontré qu’on peut collaborer.»

«Aucun bénéfice»

Le projet de loi 9 vise à «prévenir les effets nocifs de la boisson énergisante sur la santé des jeunes». Il interdit la vente aux moins de 16 ans et prévoit des amendes pour les contrevenants.

Lors des consultations mardi, plusieurs experts ont déclaré qu’il n’y avait «aucun bénéfice» à consommer ces produits, qui sont à forte teneur en sucre et en caféine.

Les boissons énergisantes sont au mieux inutiles, au pire dangereuses, a résumé le président de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Jean-François Desgagné.

Rappelons que la ministre Bélanger a présenté le projet de loi 9 avec l’appui ferme des partis d’opposition dans la foulée du décès du jeune Zachary Miron.

L’adolescent de 15 ans est mort subitement en 2024, la cannette de Red Bull qu’il avait bu ayant interagi avec son médicament pour le TDAH.

Mercredi, Mme Bélanger a tenu à remercier tout particulièrement les parents de Zachary, David Miron et Veronica Martinez, pour avoir «engendré une réelle prise de conscience (…) au Québec».

«Leur détermination et leur courage permettront de prévenir d’autres drames», a-t-elle déclaré.

Les indépendants sortent de l’ombre

En cette fin de session, force est de constater que les députés indépendants sont particulièrement actifs et créent des remous.

Par exemple, en plus de s’opposer au projet de loi 9, Youri Chassin tentait également de bloquer l’adoption du projet de loi 3 qui refait la carte électorale.

«À minuit moins une, une poignée de députés se découvrent une passion irrépressible pour le parlementarisme», a souligné, sarcastique, le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, mercredi matin.

Il a lancé un «appel à la collaboration», réclamant des députés indépendants qu’ils «s’élèvent au-dessus de la mêlée» et fassent preuve de «maturité politique».

«On a la possibilité de venir protéger la santé, la sécurité de dizaines de milliers de jeunes Québécois. (…) Ce serait vraiment irresponsable (…) de ne pas être capable de s’entendre», a-t-il déclaré.

Le chef parlementaire libéral, André Fortin, lui, s’est carrément impatienté: «Qu’ils s’enlèvent du chemin et qu’ils nous laissent faire notre travail!» a-t-il lâché.