Carney dit que Trump a accepté, dans un appel, d’intensifier les négociations
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney dit qu’il a discuté avec le président américain Donald Trump mardi matin et que tous deux s’entendent pour que les négociations s’intensifient après que l’administration américaine a annoncé son intention d’imposer de nouveaux droits de douane élevés sur certains produits canadiens.
«Comme toujours, les Canadiens — gouvernements, entreprises, syndicats — resteront unis pour bâtir un Canada fort et entretenir avec nos partenaires nord-américains des relations commerciales qui profitent à tous», a déclaré M. Carney mardi à Ottawa.
La Maison-Blanche a signalé lundi soir son intention de frapper le Canada de nouveaux droits de douane de 50 % sur une panoplie de produits, y compris des marchandises conformes à l’accord de libre-échange connu par son acronyme ACEUM.
Ces nouveaux droits de douane devraient entrer en vigueur dans 29 jours et s’appliquer à un large éventail de produits, allant des bâtons de hockey au vin en passant par le ciment.
«Nous allons regarder toutes les options en termes de la façon dont nous répondrions s’ils prenaient effet», a dit M. Carney mardi avant-midi en répondant à quelques questions à Ottawa.
Il venait d’indiquer, dans une déclaration de préambule à sa brève mêlée de presse, avoir parlé à M. Trump un peu plus tôt.
«Nous sommes d’accord d’intensifier nos négociations pendant les prochaines deux semaines», a-t-il soutenu.
«Mais dans tous les cas, le Canada fera tout ce qui est nécessaire pour soutenir nos emplois, nos travailleurs, nos agriculteurs, les Canadiens et les Canadiennes et pour rendre le Canada plus fort, plus indépendant et plus résilient», a promis le premier ministre.
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a présenté les nouveaux droits de douane comme une réponse aux interdictions provinciales visant les alcools américains, au système canadien de gestion de l’offre dans le secteur laitier et aux quotas imposés sur certains véhicules américains.
Mardi, M. Trump a déclaré aux journalistes dans le Bureau ovale qu’il aimait le «peuple canadien», mais a affirmé que le pays avait besoin des États-Unis pour survivre.
«Le Canada s’est montré très, très dur à notre égard au fil des ans, depuis de nombreuses années, et aucun autre président n’a rien fait pour y remédier», a soutenu M. Trump.
Il a ajouté que ces nouveaux droits de douane n’avaient rien à voir avec ses menaces d’imposer des taxes supplémentaires au Canada en raison de la fumée des feux de forêt. Il a réitéré son affirmation selon laquelle le Canada ne gère pas correctement ses forêts.
Le Canada a imposé des droits de douane de représailles de grande ampleur en réponse aux droits de douane de Donald Trump l’an dernier. Il en a depuis assoupli une grande partie afin d’apaiser les tensions commerciales.
Par ailleurs, plusieurs régies des alcools provinciales canadiennes ont cessé d’acheter de l’alcool américain l’an dernier en réaction aux droits de douane de Donald Trump et à ses menaces d’annexion.
Renégocier l’ACEUM
Mais cette escalade des menaces tarifaires intervient alors même que les pays poursuivent les négociations sur l’ACEUM.
Le Mexique et Washington ont déjà entamé des négociations officielles, mais Ottawa n’a pas encore engagé de pourparlers avec les États-Unis sur un accord commercial.
L’administration Trump avait annoncé début juillet qu’elle ne renouvellerait pas l’accord commercial. Cette décision déclenche des révisions annuelles successives pendant une période pouvant aller jusqu’à dix ans, à l’issue de laquelle l’ACEUM expirerait, à moins que toutes les parties ne s’accordent sur une prolongation.
M. Carney a indiqué que le Canada avait formulé une série de propositions exhaustives et détaillées visant à moderniser l’ACEUM en réponse à la stratégie commerciale de l’administration Trump.
M. Greer n’a pas souhaité donner de détails sur ces propositions mardi, mais les a décrites comme des «promesses de discuter de ces questions».
«Elles portent sur la collaboration dans le domaine de l’énergie. Nous n’avons jamais imposé de droits de douane sur l’énergie canadienne. Nous avons toujours été ouverts à cela et à ce genre de discussions», a indiqué M. Greer à CNBC.
«Alors le contenu de ces propositions a toujours été du genre: “Discutons-en, continuons nos échanges dans le domaine de l’énergie”, des choses que nous faisons déjà, des choses qui ne nous engagent pas fondamentalement à résoudre ces problèmes.»
Les tensions commerciales avec le Canada ne sont pas nouvelles, a remarqué M. Greer, ajoutant qu’il continuerait à communiquer avec ses homologues.
«Parfois, on prend une mesure qui, au final, permet d’aboutir à une meilleure négociation. Nous verrons où cela nous mènera.»
Ces nouveaux droits de douane risquent d’ébranler la confiance des entreprises à travers tout le continent, qui a déjà connu un ralentissement des investissements en raison des inquiétudes quant à l’avenir de l’ACEUM.
M. Greer a reconnu que les droits de douane sectoriels distincts imposés par M. Trump sur des produits tels que l’acier, l’aluminium et les automobiles ont eu de profondes répercussions sur les industries au Mexique et au Canada. Il a laissé entendre qu’il existait une marge de négociation pour protéger les voisins les plus proches des États-Unis.
«Je pense également que si nous parvenons à conclure un accord avec le Mexique et le Canada, nous pourrions mettre l’accent sur la teneur en composants canadiens, mexicains et américains des marchandises échangées en Amérique du Nord, a-t-il indiqué. Ce serait un résultat positif, car cela contribuerait à ramener les chaînes d’approvisionnement ici, en Amérique du Nord.»
M. Greer a également laissé entendre que des droits de douane distincts de 10 % pourraient être mis en place prochainement.
En mars, l’administration Trump a lancé des enquêtes commerciales en vertu de l’article 301 de sa loi sur le commerce de 1974 à l’encontre de 60 pays, dont le Canada, invoquant le recours au travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement.
Le gouvernement canadien a fait savoir à l’administration Trump qu’une nouvelle législation visant à lutter contre le travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement devrait protéger le Canada de ces nouveaux droits de douane.
— Avec la contribution de Sarah Ritchie et Kyle Duggan
