Hodgson parle de la nécessité d’un partenariat sur les grands projets à l’APN
OTTAWA — Alors que le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, présentait jeudi à Ottawa aux chefs des Premières Nations la stratégie du gouvernement fédéral en matière de grands projets, les chefs de l’Ontario et du Québec s’efforçaient d’obtenir l’aide fédérale pour les communautés contraintes d’évacuer en raison des incendies de forêt.
Une petite communauté du nord-ouest de l’Ontario, de la Première Nation Namaygoosisagagun, également connue sous le nom de Première Nation Collins, a été entièrement détruite par les flammes. Le chef régional de l’Ontario, Abram Benedict, et la cheffe du Grand Conseil de la Nation Anishinabek, Linda Debassige, ont soutenu que cette communauté était laissée pour compte par Services aux Autochtones Canada, car elle n’est pas reconnue par le gouvernement fédéral.
La Nation Anishinabek a lancé une campagne de financement pour aider la Première Nation de Collins. Les chefs et les responsables, réunis cette semaine à Ottawa à l’occasion de l’assemblée annuelle de l’Assemblée des Premières Nations (APN), organisent un événement de danse afin de récolter des fonds pour la communauté.
«La province et le gouvernement fédéral n’ont pas prêté attention aux appels lancés par la communauté avant qu’elle ne soit contrainte d’organiser elle-même son évacuation», a déclaré Linda Debassige aux chefs réunis à Ottawa jeudi.
«Cependant, si cette communauté avait attendu la réponse officielle, nous serions en train de récupérer les corps d’enfants, d’aînés, ainsi que d’hommes et de femmes de cette communauté», a-t-elle poursuivi.
Les incendies ont entraîné des ordres d’évacuation dans plusieurs communautés des Premières Nations de la région, notamment celles de Lac La Croix, de Whitesand, de Gull Bay et de Lac des Mille Lacs.
Message d’ouverture accueilli avec scepticisme
Le message de M. Hodgson jeudi — selon lequel les grands projets d’infrastructure du Canada nécessitent des partenaires des Premières Nations — a été accueilli avec scepticisme par certains chefs présents dans l’assistance.
«Aujourd’hui, nous considérons les Premières Nations comme des bâtisseurs, des propriétaires et des partenaires dans certains des projets les plus importants en matière d’énergie, d’infrastructures et de ressources en cours dans ce pays», a-t-il déclaré aux chefs réunis à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de l’Assemblée des Premières Nations à Ottawa.
Réagissant au discours du ministre Hodgson, le chef de la Première Nation de Cold Lake, Kelsey Jacko, a affirmé que la communauté ne laisserait pas son territoire traditionnel «être traité comme une décharge souterraine pour des entreprises pétrolières de plusieurs milliards de dollars».
«La réconciliation n’est pas un mot à la mode à utiliser pendant qu’on accélère la mise en place de pipelines dans notre dos. Si vous voulez construire sur notre territoire, vous devrez nous affronter directement en tant que gouvernement souverain», a-t-il fait valoir.
«Comment pouvez-vous défendre un cadre dans lequel la Première Nation de Cold Lake supporte 100 % des risques environnementaux à long terme pesant sur nos nappes phréatiques, sans en retirer le moindre pour cent des retombées économiques?»
Les chefs des Premières Nations se sont engagés mercredi à s’opposer à toute mesure prise par les gouvernements fédéral et provinciaux visant à accélérer la mise en œuvre de grands projets qui discréditeraient leurs droits et les mesures de protection de l’environnement.
Les chefs des Premières Nations ont adopté mercredi deux résolutions confirmant cette position et engageant l’APN à s’opposer à toute législation ou politique qui affaiblirait leurs droits ou porterait atteinte à leurs processus décisionnels.
Veronica Smith, cheffe des Chippewas de Nawash, a indiqué que les récentes mesures fédérales visant à accélérer les grands projets d’infrastructure «ont suscité des inquiétudes parmi les Premières Nations de tout le Canada, car les efforts visant à accélérer l’approbation des projets risquent de compromettre la mise en œuvre effective du consentement libre, préalable et éclairé, des relations issues des traités, des responsabilités en matière de gestion environnementale et de la prise de décision de nation à nation».
S’adressant aux journalistes après son discours devant les chefs jeudi, la ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, a été interrogée sur la manière dont les Premières Nations devaient percevoir le fait que les ministres fédéraux présentent leur programme de grands projets au moment où certains chefs voient leurs communautés ravagées par les incendies.
La ministre a déclaré qu’elle soutiendrait toute demande de ressources fédérales émanant des communautés touchées par les incendies.
«Le changement climatique et les situations d’urgence de grande ampleur auxquelles nous devons faire face deviennent la norme, ce qui m’inquiète vraiment, a-t-elle affirmé. Nous devons veiller à nous tourner vers les communautés pour puiser dans leurs savoirs traditionnels et tirer parti de leur connaissance de ce qui se passe sur le terrain.»
L’Assemblée des Premières Nations est un organisme national de défense des droits qui reçoit ses orientations de quelque 630 chefs des Premières Nations par l’intermédiaire d’assemblées extraordinaires et d’assemblées générales annuelles.
Lors de l’assemblée de cette semaine, les chefs ont débattu et voté sur 53 résolutions portant sur divers sujets, notamment la situation de la protection de l’enfance au sein des Premières Nations, les règles relatives au statut en vertu de la Loi sur les Indiens et les appels lancés au Vatican pour qu’il annule une série de décrets papaux.
