Le fédéral reste évasif quant à l’atteinte des objectifs climatiques pour 2030
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney et sa ministre de l’Environnement n’ont pas précisé si le Canada était toujours déterminé à atteindre ses objectifs climatiques prévus par l’Accord de Paris d’ici 2030, alors que le gouvernement est critiqué pour ses plans de réduction des émissions.
Dans un courriel envoyé à La Presse Canadienne lundi, le cabinet de la ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, a déclaré que le Canada s’était engagé à atteindre la carboneutralité d’ici 2050, mais n’a pas été aussi affirmatif à l’égard de l’objectif de 2030 lorsque questionné directement sur cette échéance.
«Compte tenu de l’évolution du contexte mondial et économique, le gouvernement fédéral fera le point sur son plan de réduction des émissions alors que nous nous efforçons d’atteindre nos objectifs de 2030 et 2035», a écrit Keean Nembhard, attaché de presse de Mme Dabrusin.
«Renforcer la résilience climatique et atteindre nos objectifs n’est pas une option. C’est une démarche économiquement judicieuse, financièrement responsable et essentielle pour protéger les Canadiens et leurs territoires.»
Le Canada est légalement tenu d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050, ayant inscrit cet objectif dans sa législation en 2021. Pour y parvenir, il prévoit notamment de réduire ses émissions d’au moins 40 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2030, un engagement inscrit dans l’Accord de Paris.
La déclaration du cabinet de Mme Dabrusin était la troisième fois lundi qu’un membre du gouvernement Carney refusait de s’engager à respecter l’objectif de Paris.
Plus tôt lundi, la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a également éludé la question de savoir si le gouvernement était déterminé à atteindre son objectif de 2030, laissant la parole à Mme Dabrusin pour un commentaire.
«Nous voulons nous assurer de trouver des moyens d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050», a dit Mme Joly.
De passage lundi à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, pour annoncer des mesures d’allègement tarifaire pour les entreprises du Canada atlantique, M. Carney a été interrogé par des journalistes sur la manière dont le Canada comptait ajuster ses objectifs climatiques, après que de récentes annonces politiques ont réduit certaines initiatives climatiques du gouvernement Trudeau.
Dès son entrée en fonction en mars, M. Carney a supprimé la tarification du carbone à la consommation. Vendredi, il a reporté d’au moins un an l’obligation de ventes de véhicules électriques. Le premier ministre a assuré qu’il prévoyait de renforcer le système de tarification du carbone industriel, mais n’a pas encore expliqué comment.
M. Carney n’a pas répondu directement à la question concernant les objectifs climatiques du Canada, s’attardant plutôt aux avantages concurrentiels d’une économie sobre en carbone.
«Nous considérons que la sobriété en carbone, quel que soit le secteur, est un facteur clé de compétitivité», a déclaré M. Carney, ajoutant qu’il aurait davantage à dire dans les semaines à venir.
«Il est donc crucial de se concentrer sur les mesures à prendre pour réduire les émissions et accroître la compétitivité du pays.»
Il a souligné que l’exploitation pétrolière et gazière au large constitue une alternative sobre en carbone à l’extraction conventionnelle et a suggéré que les efforts de son gouvernement pour doubler la construction de logements au cours de la prochaine décennie se traduiront par des logements plus écoénergétiques.
«Tout cela permettra de réduire nos émissions et d’accroître notre compétitivité. C’est donc l’objectif du gouvernement», a déclaré M. Carney, sans préciser comment ces émissions plus faibles se compareraient aux objectifs du Canada.
«Le gouvernement se concentre sur les résultats.»
Mais si le gouvernement n’a pas encore précisé s’il manquera son objectif ou s’il s’efforce toujours de l’atteindre, des observateurs ont exprimé des doutes.
Un rapport publié l’an dernier par le commissaire fédéral à l’environnement et au développement durable indiquait que le Canada n’était pas en voie d’atteindre son objectif de 2030. Jerry DeMarco estimait que les émissions canadiennes n’avaient baissé que de 7 % par rapport aux niveaux de 2005.
Vendredi, après que M. Carney eut retardé d’un an la mise en œuvre de l’obligation de véhicules électriques afin de donner des liquidités aux constructeurs automobiles canadiens, la cheffe du Parti vert, Elizabeth May, a remis en question ses intentions en matière de climat.
«Les cent premiers jours de Carney démontrent clairement qu’il fait reculer l’action climatique à chaque tournant. Supprimer la tarification carbone, démanteler les lois, annuler l’exigence sur les VE, ce ne sont pas les décisions d’un dirigeant sérieux face à l’urgence climatique», a-t-elle déclaré dans un communiqué.
