Les libéraux se prononceront sur les restrictions d’âge pour les réseaux sociaux
MONTRÉAL — Les membres du Parti libéral du Canada (PLC) devront se pencher sur la question de savoir s’il faut interdire aux enfants et aux jeunes adolescents l’accès aux comptes sur les réseaux sociaux, tels que TikTok, Instagram, Reddit et YouTube.
La résolution politique devrait être soumise au débat et au vote samedi lors du congrès politique du parti, à Montréal.
Jonathan Nuss, président de l’association libérale fédérale d’Outremont, est l’un des principaux promoteurs d’une résolution demandant au parti de veiller à ce que les plateformes de réseaux sociaux limitent les comptes d’utilisateurs aux Canadiens âgés de 16 ans et plus.
Cet avocat montréalais, père de deux jeunes enfants, a déclaré vouloir que cette résolution lance un débat national sur les technologies qui créent une dépendance et les effets néfastes que les réseaux sociaux peuvent avoir sur les jeunes enfants, un débat qui est déjà nourri par les commentaires de parents à travers le pays.
M. Nuss a dit à La Presse Canadienne que ces plateformes sont conçues de manière à créer une dépendance, ce qui les rend nocives.
«Il y a plein d’environnements ou de domaines dans lesquels nous protégeons les enfants de notre société. Évidemment, je pense notamment aux cigarettes, à l’alcool, etc. Mais également, il y a des lois qui protègent les enfants du marketing qui les vise directement. Alors, pour moi, ça va de soi que ce domaine-là, les médias sociaux, doit également faire partie d’une certaine réglementation.»
Cette question survient quelques mois seulement après que l’Australie est devenue le premier pays à instaurer des amendes pour les entreprises de réseaux sociaux qui permettent à des utilisateurs de moins de 16 ans de créer des comptes sur ces plateformes. D’autres pays envisagent également une telle mesure.
Si la résolution présentée lors du congrès du PLC ne se prononce pas sur la question de savoir si les amendes doivent faire partie de la politique, elle souligne les risques que représentent les réseaux sociaux pour les enfants, notamment l’augmentation de l’anxiété, le cyberharcèlement, le partage d’images non consenties et l’exposition à des contenus haineux.
M. Nuss a également cité un récent procès à Los Angeles qui a abouti à la condamnation de Meta et de YouTube à verser des millions de dollars de dommages et intérêts pour avoir conçu leurs plateformes de manière à rendre les jeunes dépendants sans se soucier de leur bien-être.
Un jury californien a accordé des dommages et intérêts à une jeune femme de 20 ans qui affirmait être devenue complètement dépendante des réseaux sociaux, ce qui avait nui à sa santé mentale.
L’affaire a examiné les fonctionnalités mises au point par les entreprises de réseaux sociaux pour maximiser le temps que les utilisateurs passent sur leurs plateformes, telles que le défilement continu, la lecture automatique et les suggestions de contenu algorithmiques.
Les entreprises de réseaux sociaux ont contesté le verdict et laissé entendre qu’elles comptaient faire appel.
Des parents se questionnent
La députée d’Outremont, Rachel Bendayan, soutient cette résolution. Elle a déclaré avoir une fille de huit ans qui n’est pas encore exposée aux réseaux sociaux, mais qui possède un iPad et qui «commence à s’intéresser de près aux différentes façons dont elle peut l’utiliser».
«De nombreux parents d’enfants de cet âge commencent à se demander quels choix ils devraient faire», a affirmé Mme Bendayan, ajoutant que plusieurs parents avec lesquels elle s’est entretenue ont le sentiment d’être seuls face à ce problème.
Elle estime que l’idée d’une interdiction des réseaux sociaux en fonction de l’âge bénéficierait d’un soutien au-delà des clivages politiques au Parlement.
Mme Bendayan s’est dite surprise par l’intérêt que les jeunes eux-mêmes ont manifesté pour une limite d’âge sur les réseaux sociaux.
Le premier ministre Mark Carney a été interrogé sur la question par des journalistes lors d’un voyage au Japon et en Australie le mois dernier.
«C’est une question qui mérite un débat ouvert et réfléchi au Canada. Je n’ai pas d’avis définitif à ce sujet», avait déclaré M. Carney à Tokyo le 7 mars.
«Il y a des arguments dans les deux sens et nous disposons désormais d’une expérience croissante en la matière, même si celle-ci est encore relativement récente.»
Le premier ministre a également indiqué que la législation canadienne était «à la traîne» en matière de lutte contre les préjudices en ligne, et que son gouvernement devrait envisager d’inclure l’âge dans sa législation sur les préjudices en ligne.
Une autre proposition politique présentée lors du congrès du parti viserait à limiter l’utilisation des agents conversationnels basés sur l’intelligence artificielle aux adolescents plus âgés et aux adultes.
Les mesures adoptées lors du congrès ne sont pas contraignantes. Toutefois, un article publié en janvier dans le «Globe and Mail», citant des sources confidentielles, suggérait que le gouvernement travaillait discrètement sur une mesure similaire pour les enfants de moins de 14 ans.
Ce ne sont pas tous les enfants en Australie qui ont été bannis de leurs réseaux sociaux, et certains ont trouvé des solutions de contournement.
La question de savoir si les enfants peuvent contourner les restrictions n’a pas découragé les partisans de cette mesure.
«Beaucoup de gens ne bouclent pas leur ceinture de sécurité. Cela ne signifie pas que nous ne devrions pas essayer de faire respecter le port de la ceinture», a fait valoir Mme Bendayan.
— Avec des informations de l’Associated Press
