Un père qui a noyé ses enfants a dit au jury qu’il n’a aucun souvenir des meurtres

MONTRÉAL — Un homme qui a noyé ses deux enfants en octobre 2022 a déclaré au jury qu’il n’avait aucun souvenir du jour où ils sont morts.

Kamaljit Arora témoignait pour la deuxième journée consécutive dans le cadre de son procès pour meurtre à Laval.

Il a admis avoir causé la mort des deux enfants, mais a plaidé non coupable de deux chefs d’accusation de meurtre au premier degré, de la tentative de meurtre de sa fille aînée Jasmine et de l’étranglement de son ex-femme Rama Rani Arora.

Une interdiction de publication a été prononcée concernant les noms des jeunes victimes.

La Couronne, qui a terminé la présentation de ses preuves, entend prouver que les actes d’Arora étaient prémédités.

Arora, 49 ans, a raconté qu’il avait consommé du fentanyl le jour des meurtres et a dit ne pas se souvenir d’avoir noyé sa fille de 13 ans et son fils de 11 ans dans leur maison de Laval. Il a déclaré ne se souvenir de rien entre le moment où il a pris du fentanyl et celui où il s’est réveillé menotté à l’hôpital quelques semaines plus tard.

L’accusé a ajouté que jusqu’à la fin de l’année 2025, il n’acceptait pas d’être responsable de la mort de ses enfants; «j’entendais beaucoup de choses, mais je n’acceptais pas que ce soit moi».

Arora a déclaré au jury qu’il souffrait de troubles mentaux depuis 2020, notamment d’une grave dépression. Il a expliqué avoir acheté ce qu’il pensait être du fentanyl avant les meurtres dans l’intention de se suicider.

Demande de divorce

Lors du contre-interrogatoire, la procureure a évoqué les tensions croissantes qui régnaient dans son couple et avec la famille élargie de sa femme.

Arora a admis que, depuis 2017, et jusqu’au moment où il a noyé les enfants, sa femme lui demandait le divorce. Il a déclaré l’avoir toujours refusé, car il pensait que sa femme ne serait pas capable de s’occuper de leurs trois enfants sans lui.

La procureure Claudia Carbonneau a fait remarquer que si Arora avait réussi sa tentative de suicide en 2022, il l’aurait laissée seule avec les enfants.

«Quand on est dépressif, on ne peut pas analyser les choses (…) (comme) quand on est normal, a soutenu Arora. Le suicide, je n’ai jamais pensé à autre chose.»

La Couronne a confronté Arora à des déclarations faites lors d’un interrogatoire de police en mars 2023, dans lesquelles il affirmait que la famille de sa femme lui devait plus de 80 000 $, une dette qui, selon lui, l’avait frustré dans les mois précédant les meurtres.

Il a également déclaré à la police qu’il avait dû emprunter de l’argent à son père pour payer l’acompte de la maison familiale.

Arora a déclaré aux jurés qu’un de ses proches était la principale source de conflit dans son mariage, affirmant que cet homme avait une influence excessive sur sa femme.

L’influence de ce proche était en partie la raison pour laquelle la famille avait déménagé à Winnipeg pendant environ un mois en 2020, a indiqué Arora, ajoutant que pendant cette période, ses problèmes de santé mentale s’étaient aggravés parce qu’il ne trouvait pas de travail convenable.

Après le retour de la famille à Laval, Arora a été hospitalisé à plusieurs reprises pour des problèmes de santé mentale. Il a déclaré au tribunal qu’il avait envisagé ou tenté de se suicider au moins sept fois depuis 2021.

À la barre des témoins, il a minimisé les frustrations dont il avait fait part à la police lors de l’entretien de 2023. Il a affirmé mercredi que sa colère envers sa femme pour lui avoir présenté des documents de séparation avait influencé les réponses qu’il avait données à la police. Il a nié garder de la rancune envers qui que ce soit.

Mme Carbonneau l’a confronté au fait que sa femme l’avait accusé d’avoir une liaison adultère, qui avait été révélée en 2014. Il a nié avoir été infidèle et a déclaré aux jurés que sa femme avait «utilisé» cette relation présumée comme une arme dans leurs disputes.

À plusieurs reprises dans son témoignage, il a déclaré qu’il ne dirait pas de mal d’elle. «Oui, elle a fait quelque chose, mais maintenant tout est fini. Je ne veux rien dire de mal à propos de ma femme.»

Le procès a révélé que le couple s’était marié en 2003 et était arrivé au Canada en 2015 en provenance d’Inde, à la recherche d’une vie meilleure pour leurs enfants.

Quant à ses enfants, Arora a affirmé qu’il partageait un lien fort avec eux, ajoutant que son amour pour eux était l’une des raisons pour lesquelles il ne pouvait accepter de leur avoir fait du mal.

«Ils étaient une partie de mon cœur», a déclaré Arora dans son témoignage.