Une mère est en colère après la GRC lui eut annoncé la mort de son fils par erreur

Sarah Smellie, La Presse Canadienne
Une mère est en colère après la GRC lui eut annoncé la mort de son fils par erreur

MONCTON — Une mère du Nouveau-Brunswick est encore sous le choc après avoir appris de la bouche de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), en se réveillant mardi matin, que son fils était décédé. Elle a toutefois découvert quelques heures plus tard que la police avait fait une erreur et que son fils était toujours bien vivant.

Donna Price a raconté que la police était venue chez elle dans les petites heures de la nuit pour lui dire que son fils âgé de 29 ans avait été retrouvé sans vie à Moncton. Elle a ensuite dû téléphoner à ses proches pour leur apprendre la triste nouvelle.

Plus tard, en après-midi, en allant chez lui pour ramasser des choses personnelles, quelqu’un a pu constater que le fils… était bel et bien vivant.

Mme Price a indiqué que son fils avait déjà été un sans-abri et souffrait de problèmes de santé mentale. Elle craint qu’un certain mépris affiché par les autorités envers ces personnes ait pu conduire la GRC à commettre une erreur aussi terrible.

Elle a ajouté qu’elle avait l’intention d’intenter des poursuites contre la GRC afin de s’assurer que les corps policiers suivront à l’avenir un certain protocole pour identifier des personnes décédées et mettre leur famille au courant, quelles que soient les circonstances.

«Ils ont tous leur histoire, a rappelé Mme Price en entrevue. Ils ont des parents, ils ont des grands-parents, ils ont des frères et sœurs. Et personne ici à Moncton n’écoute.»

Réveil tragique

L’histoire a commencé peu après 1 heure du matin, mardi, lorsque Mme Price a été réveillée par des policiers qui cognaient à la porte de sa maison à Dieppe, au Nouveau-Brunswick. Elle a invité les deux jeunes agents de la GRC à entrer et c’est à ce moment qu’ils lui ont appris que son fils était mort d’une surdose.

Complètement anéantie, Mme Price a téléphoné à son père et à ses frères et sœurs pour relayer la nouvelle, et ils se sont tous rassemblés dans la maison au milieu de la nuit. Plus tard dans la matinée, elle a annoncé la nouvelle à ses parents.

Lorsque le bureau du coroner a appelé pour lui demander si elle voulait que son fils soit incinéré et pour demander son identification, Mme Price a répondu qu’elle avait demandé à quelqu’un d’autre de se rendre chez lui afin de récupérer les informations, ainsi que tous les souvenirs qu’elle pouvait conserver.

Toutefois, cette personne a retrouvé son fils à la maison… sain et sauf.

«Je lui ai littéralement demandé 10 fois parce que je n’arrivais pas à y croire», a-t-elle mentionné. À ce moment, plus de 13 heures s’étaient écoulées depuis que la GRC lui avait appris la mort de son fils.

En entrevue avec La Presse Canadienne, Mme Price est demeurée calme et en contrôle tout au long de son récit. Elle a toutefois craqué lorsqu’elle a eu une pensée pour la famille de la réelle victime.

«Cette famille qui est en deuil aujourd’hui, elle s’est fait voler 13 heures, a-t-elle déploré. Ce n’était pas à nous de prendre ces 13 heures. Elles leur appartenaient, pour rassembler leur famille et commencer leur deuil. J’ai l’impression qu’ils ont été volés.»

Mme Price a posé de nombreuses questions lorsqu’elle a téléphoné à la GRC pour rapporter cette erreur, mais les policiers n’y ont pas répondu, à son avis. Ils lui ont également demandé de fournir une preuve que son fils était toujours vivant.

Un sergent et un gendarme sont venus chez elle plus tard dans l’après-midi et se sont excusés, mais seulement après qu’elle a mis beaucoup de pression afin d’obtenir des réponses. On lui a finalement expliqué que les agents avaient pris des photos de l’homme décédé et les avaient envoyées à leurs collègues. Un ou plusieurs policiers ont déclaré avoir reconnu l’homme comme étant son fils.

Préjugés liés aux problèmes d’itinérance?

Selon Brian Murphy, un avocat de Moncton, ce dossier a de quoi semer des inquiétudes au sein de la population.

«Si c’était ainsi que la police identifiait les personnes décédées, nous devrions tous y réfléchir à deux fois. Mais ce n’est pas le cas, a-t-il affirmé. Si la victime avait été un homme d’affaires en costume, je suis presque sûr que la police aurait agi différemment.»

Me Murphy représentera la famille Price dans la poursuite qu’ils ont l’intention de déposer, bien qu’aucun document n’a encore été soumis au tribunal.

«Cela ne devrait arriver à aucune autre famille, et cela n’aurait pas dû arriver à la famille du défunt», a-t-il tranché.

Guillaume Bélanger, de la GRC du Nouveau-Brunswick, a confirmé samedi que le corps policier était au courant de l’erreur, mais il n’a pas pu commenter davantage le dossier.

Pendant ce temps, Mme Price et sa famille doivent composer avec plusieurs émotions contradictoires.

«Nous ne savons pas comment nous sentir. Nous sommes très heureux, mais aussi très tristes. Nous sommes très confus, a-t-elle admis. Nous essayons juste de suivre les développements et d’être là les uns pour les autres.»

Mme Price espère aussi que son histoire incitera les gouvernements municipal et provincial à en faire davantage pour protéger les populations vulnérables de Moncton. L’homme décédé avait en effet été refoulé des refuges de la ville cette nuit-là, parce qu’ils étaient pleins. Il avait survécu à une surdose sur un site de prévention plus tôt lundi matin, et les membres du personnel ne pouvaient pas lui trouver un endroit chaud pour dormir.

«Il commence à faire froid dehors. Ils ne peuvent pas rester à l’extérieur», a dénoncé Mme Price.

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