Une mère et son fils dénoncent l’incertitude qui règne en matière d’immigration

TORONTO — Alors qu’un programme temporaire, qui a permis à un grand nombre de Turcs et de Syriens de venir au Canada après un tremblement de terre meurtrier, touche à sa fin, une mère et son fils se sont lancés dans un périple de plusieurs semaines afin de faire pression sur le gouvernement fédéral pour obtenir une prolongation au profit de ceux qui se trouvent, selon eux, dans une situation d’incertitude en matière d’immigration.

Le duo marche de Toronto à Ottawa, un périple d’environ 500 kilomètres qui a débuté le 19 juillet et devrait s’achever le week-end prochain.

Sefika Ozlem Yaman Sahin, âgée de 47 ans, explique qu’elle marche au nom des adultes qui se trouvent actuellement dans une situation d’incertitude en matière d’immigration, tandis que son fils de 12 ans l’accompagne sur certaines étapes du parcours pour représenter les enfants. Mme Yaman Sahin espère que sa manifestation permettra de trouver une solution à l’incertitude qui pèse sur ceux qui ont cherché refuge ici après la catastrophe.

Elle raconte que beaucoup de ces migrants y ont vu une chance de recommencer leur vie. «Ils sont venus ici, ils ont travaillé dur, ils ont payé leurs impôts, respecté les règles, se sont intégrés à leurs communautés et ont insufflé de l’espoir ici.»

Or, ces permis de travail doivent expirer dans quelques mois et, sans prolongation, beaucoup pourraient être contraints de quitter le pays — un bouleversement susceptible de traumatiser à nouveau une population qui a déjà été déracinée dans des circonstances dévastatrices, ajoute-t-elle.

Certains ont pu déposer une demande de résidence permanente et attendent une réponse, mais beaucoup d’autres — dont la propre famille de Mme Yaman Sahin — attendent une invitation à déposer leur demande.

«Nous avons simplement besoin d’un peu plus de temps pour mener à bien nos démarches ici», souligne-t-elle, ajoutant qu’une prolongation de deux ans serait suffisante.

Le séisme de magnitude 7,8 qui a frappé la Turquie et la Syrie en février 2023 a provoqué ce que les Nations unies ont qualifié de «l’une des plus grandes catastrophes ayant touché la région ces derniers temps», faisant des dizaines de milliers de victimes. D’innombrables bâtiments ont été détruits, laissant des foules de sinistrés sans abri.

Peu de temps après, le gouvernement canadien a annoncé la mesure d’immigration humanitaire temporaire désormais connue sous le nom de TS2023, qui accordait des permis de travail ouverts d’une durée de trois ans aux personnes touchées par la catastrophe. Cette mesure a ensuite été étendue aux ressortissants turcs et syriens déjà présents au Canada avec des permis temporaires valides, comme la famille de Yaman Sahin.

Ottawa affirme que ce programme était censé être temporaire et qu’il a désormais pris fin.

Le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté n’a pas pu fournir de réponse immédiate lorsqu’on lui a demandé combien de permis avaient été délivrés dans le cadre de ce programme, indiquant qu’il faudrait au moins dix jours pour compiler ces données. Les membres de la communauté, quant à eux, estiment que ce chiffre dépasse les 9000.

On ignore également combien de bénéficiaires se trouvent encore au Canada.

En mars, la députée libérale d’Oakville-Ouest, Sima Acan, a présenté une pétition à la Chambre des communes demandant à Ottawa de prolonger la durée de validité des permis d’au moins 24 mois. La pétition, qui comptait plus de 8000 signatures, réclamait plusieurs changements, notamment que le gouvernement envisage de créer des voies permettant aux titulaires de visas TS2023 d’obtenir la résidence permanente.

Elle demandait également que les titulaires de permis soient exemptés de l’évaluation d’impact sur le marché du travail, une procédure gouvernementale qui limite la capacité des employeurs à embaucher des travailleurs étrangers, car ils doivent d’abord prouver qu’aucun citoyen canadien ni résident permanent n’est disponible pour occuper le poste.

Le gouvernement fédéral a déposé une réponse à cette pétition en juin, indiquant que les ressortissants turcs et syriens admissibles disposant d’un statut temporaire valide, notamment les travailleurs, les étudiants et les visiteurs, pouvaient demander le renouvellement de leur visa dans le cadre des programmes habituels.

«Ceux qui souhaitent s’installer définitivement au Canada peuvent également postuler aux programmes et voies d’immigration existants», a-t-il précisé.

Le premier ministre fédéral Mark Carney s’est exprimé sur la question en début de semaine, lorsqu’il a été interrogé sur la marche de Mme Yaman Sahin lors d’une conférence de presse sans rapport avec ce sujet.

M. Carney a déclaré que son gouvernement cherchait en permanence à aider les personnes se trouvant dans la même situation qu’elle à trouver des voies d’accès à la résidence permanente. Il a toutefois ajouté que ces décisions devaient tenir compte de la capacité de la province à fournir des logements, des services et «la vie que les gens méritent au Canada».

La réponse du gouvernement n’a guère rassuré les personnes confrontées à l’incertitude à l’approche de l’expiration de leur permis. Beaucoup affirment avoir investi émotionnellement et financièrement dans leur avenir au Canada.

Les contraindre à quitter le pays aurait un impact dévastateur sur leurs familles, en particulier sur les enfants nés ici, ont déclaré certains.

Une foule de sympathisants s’est jointe à Mme Yaman Sahin dans le centre-ville de Toronto le mois dernier, alors qu’elle entamait son périple de plusieurs semaines, inspirée par l’athlète canadien emblématique Terry Fox, dont le «Marathon de l’espoir» à travers le pays, en 1980, visait à collecter des fonds pour la recherche contre le cancer. Certains brandissaient des pancartes, dont l’une disait : «Nous avons déjà perdu nos foyers une fois. Nous refusons de les perdre à nouveau.»