Une pétition de destitution est lancée contre Danielle Smith et deux autres ministres

EDMONTON — Danielle Smith est devenue la deuxième première ministre de l’Alberta – et la première depuis près de 90 ans – à faire l’objet d’une pétition lancée par des citoyens pour la destituer de son siège à l’Assemblée législative.

Mme Smith et deux autres membres de son caucus du Parti conservateur uni ont vu des campagnes de révocation à leur encontre être officiellement approuvées par Élections Alberta mercredi.

Au total, 20 des 47 membres du caucus conservateur uni font l’objet de pétitions de révocation. Une campagne officielle de collecte de signatures a également été lancée contre une membre de l’opposition, la néo-démocrate Amanda Chapman.

Heather VanSnick mène la campagne de pétition dans la circonscription de Brooks-Medicine Hat, où siège Mme Smith. Mme VanSnick doit recueillir un peu plus de 12 000 signatures pour que la procédure puisse suivre son cours.

Dans sa demande, Mme VanSnick affirme que Mme Smith a ignoré les électeurs locaux et les experts lors de l’élaboration de ses politiques.

«Un leadership efficace nécessite une connexion authentique et un engagement constant; deux éléments qui ont fait défaut pendant son mandat», a déclaré Mme VanSnick.

Mme VanSnick ajoute que la première ministre doit être démise de ses fonctions pour avoir affaibli les services publics au profit de la privatisation.

«Mme Smith n’est plus apte à exercer ses fonctions», a-t-elle soutenu.

Dans une déclaration adressée à Élections Alberta en réponse à la pétition, Mme Smith a assuré être à l’écoute des voix locales.

«Je me rends régulièrement disponible pour rencontrer mes électeurs et j’organise souvent des assemblées publiques dans ma circonscription», a déclaré Mme Smith.

«Je suis fière de servir les habitants de Brooks-Medicine Hat et j’utilise les commentaires que je reçois de vous tous pour éclairer toutes les décisions, grandes ou petites, que prend notre gouvernement.»

La première ministre devait tenir une conférence de presse plus tard mercredi.

Des pétitions ont également été déposées mercredi à l’encontre du ministre de la Technologie, Nate Glubish, de Strathcona-Sherwood Park, à l’est d’Edmonton, et de la ministre de l’Environnement, Rebecca Schulz, à Calgary Shaw.

Comme beaucoup d’autres pétitionnaires, ceux qui sont à l’origine des campagnes visant à destituer M. Glubish et Mme Schulz ont déclaré que les politiciens n’avaient pas répondu aux préoccupations et opinions des électeurs. Les deux ministres ont soutenu qu’ils avaient de bonnes communications tout en obtenant des résultats tangibles pour les électeurs.

Une loi réintroduite par le Parti conservateur uni

Sur les 19 premiers ministres de l’Alberta, seuls Mme Smith et le chef du Crédit social William Aberhart ont fait l’objet d’une procédure de destitution par les citoyens. Leurs situations sont similaires, malgré plusieurs décennies d’écart.

Le parti de M. Aberhart a adopté en 1936 la loi permettant ces procédures afin de responsabiliser les représentants entre les élections. Un an plus tard, cette loi a été utilisée contre M. Aberhart par les membres de sa circonscription d’Okotoks-High River, mécontents de ce qu’ils considéraient comme des promesses non tenues, principalement en matière de réforme monétaire.

M. Aberhart a accusé des forces obscures agissant en coulisses d’avoir orchestré son éviction. Quelques semaines plus tard, son gouvernement a voté l’abrogation de la loi.

En 2019, le Parti conservateur uni, sous la direction de Jason Kenney, a fait campagne pour réintroduire la loi et l’a officiellement adoptée en 2021.

Au début 2025, sous la direction de Mme Smith, le gouvernement a modifié la loi afin de permettre aux citoyens de recueillir plus facilement le nombre de signatures nécessaires pour déclencher une procédure de destitution.

Alors que les pétitions se multipliaient ces dernières semaines contre les membres du caucus de Mme Smith, le parti conservateur et l’architecte original du projet de loi, M. Kenney, ont déclaré qu’il était utilisé à mauvais escient, car son objectif est de traiter les violations éthiques graves plutôt que de résoudre les différends politiques.

Mme Smith a envisagé de modifier la loi, invoquant la crainte que des acteurs étrangers ou des syndicats obscurs ne soient à l’origine des campagnes de révocation. La Fédération du travail de l’Alberta (AFL) a nié cette allégation.

Le processus de révocation d’un membre de l’Assemblée législative est long et fastidieux. Les pétitionnaires ont trois mois pour recueillir des signatures équivalant à 60 % du nombre total de votes exprimés dans la circonscription lors des élections de 2023.

En cas de succès, un vote serait organisé pour déterminer si le membre de l’Assemblée législative perd son siège et si une élection partielle est organisée.

La date fixe des prochaines élections générales en Alberta est dans moins de deux ans, le 18 octobre 2027.